Intervention de François Huwart

OCDE Observateur
Intervention de François Huwart,
Secrétaire d’Etat au Commerce Extérieur
Forum 2000, OCDE
Le 26 juin 2000

Monsieur le Secrétaire Général,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais, Monsieur le Secrétaire Général, commencer par saluer l’initiative que vous avez prise d’organiser, pour la première fois, en parallèle avec la réunion ministérielle de l’OCDE, ce forum de discussion sur les grands problèmes économiques actuels.Les sujets qui seront à l’ordre du jour de la réunion des ministres tout à l’heure et demain également, qu’il s’agisse des principes directeurs à l’attention des multinationales, de la concurrence fiscale dommageable, de la sécurité des nouveaux aliments, des mesuresen faveur de la croissance et de la cohésion sociale, ont au moins un dénominateur commun : ils doivent être traités dans un contexte qui est aujourd’hui celui d’une économie mondialisée.Une économie mondialisée, c’est à dire (a) une économie de l’interdépendance, (b) une économie dans laquelle les problèmes de cohésion sociale, de justice et d’équité, de gestion des biens collectifs comme l’environnement et la santé, jusque là principalement traités au niveau national ou régional doivent faire l’objet d’une coopération et d’une concertation internationale accrue (c) mais aussi, de ce fait même, une économie dont les développements et les enjeux intéressent légitimement tous les acteurs de la société civile : les entreprises, les syndicats, les organisations non gouvernementales, et les citoyens, auquel ce Forum a largement ouvert ses portes. Je trouve donc particulièrement important d’évoquer avec vous ce qui sera le mot d’ordre de cette ministérielle 2000 de l’OCDE : maîtriser la mondialisation, et notamment de préciser la manière dont la France entend faire sienne cet impératif, en participant à l’élaboration de nouvelles régulations. 1 - Je n’aurai ni le temps, ni l’audace, de définir en quelques formules la mondialisation, sa dynamique et ses effets. La mondialisation est diffuse. Nous en sommes les spectateurs et les acteurs. Une mondialisation « par le haut » s’impose à nous, par un mouvement irréversible d’intégration qui ne touche pas seulement l’économie et la finance, mais qui affecte les sociétés, les cultures, et les peuples. Une mondialisation « par le bas » se développe aussi, que nous initions par des demandes renouvelées de produits, d’informations et d’images.Les flux économiques, financiers, technologiques et culturels semblent dessiner une nouvelle géographie de réseaux et d’espaces interconnectés : les plus optimistes y verront un mouvement vers plus de libertés, plus de partenariats, sinon de partages, plus d’enrichissements mutuels. Mais force est de constater que ces flux confortent aussi une hiérarchie de pôles dominants et de territoires marginalisés. Porteuse de risques et d’opportunités, la mondialisation ouvre un débat sur la croissance des inégalités, entre les pays en développement et les pays industrialisés, mais également au sein de chaque pays et de chaque société, et nourrit un fort sentiment d’injustice.2- Ce sentiment d’injustice est d’autant plus profond qu’à la lecture de certains indicateurs, les résultats des politiques de développement laisse parfois croire à une irrémédiable fatalité. Ainsi, les efforts mis en oeuvre pour augmenter les revenus et diminuer la pauvreté, se sont traduits, et c'est là une grande déception, par des progrèstrès lents dans de nombreux pays en développement. L'écart entre les plus riches et les pauvres a continué à s'élargir. En Afrique, le niveau du revenu réel par tête, est plus bas aujourd’hui qu'il y a 30 ans. Et si dans les pays en développement du Moyen-Orient et dans l'Hémisphère Ouest les revenus réels ont augmenté, c'est avec un taux de croissance inférieur à celui des pays industrialisés.Seul les pays en développement de l’Asie de l’Est, dont la Chine, les nouveaux pays industrialisés, et quelques rares autres pays ont connu des progrès soutenus et rapides de leurs positions relatives en termes de revenus, qui vont dans le sens d’une convergence avec les économies des pays développés. Certes le pourcentage de la population vivant avec moins de 1 $ par jour (très pauvres) a récemment diminué, mais la croissance de la population mondiale implique que le nombre absolu de personnes vivant dans l'extrême pauvreté est restée au même niveau qu'en 1987, soit 1,2 milliards de personnes. Le nombre de personnes vivant avec moins de 2 dollars par jour est passé de 2,5 milliards en 1987 à 2,8 milliards en 1998, soit presque la moitié de la population mondiale.Cependant, le revenu ne peut à lui seul prétendre exprimer et résumer l’évolution économique et sociale des pays en développement, ni fournir le seul critère d’évaluation des progrès accomplis. Une mesure plus large du bien être économique, qui prend en compte la dimension sociale montre en effet que les pays pauvres ont accompli des progrès considérables. Les indicateurs sociaux de certains pays à faible revenu, comme les Philippines, l'Indonésie ou encore le Paraguay, sont, à cet égard, révélateurs. Si on compare les pays en utilisant, comme l'a fait une récente étude, les indicateurs du développement humain (IDH) des Nations Unies, qui tiennent compte de l'éducation et de l'espérance de vie, les résultats sont moins pessimistes que ce que laissent entrevoir les seules statistiques de revenu.L'une des conclusions frappantes de cette étude est justement le contraste entre ce que l'on peut appeler les " disparités de revenu "d’un côté, et, de l’autre, l' " écart entre les Indicateurs de Développement Humain ". Si le revenu dans les pays pauvres est aujourd'hui, comme je le rappelais à l'instant, encore inférieur à ce qu'il était dans les grands pays en 1870, si l'écart entre les revenus s'est creusé, toutefois les Indicateurs de Développement Humain des pays pauvres sont nettement meilleurs que ne l'étaient ceuxdes grandes puissances industrielles à la fin du XIXème siècle. Ce résultat tient essentiellement à ce que l'espérance de vie a sensiblement augmenté grâce aux progrès de la médecine et à l'amélioration du niveau de vie.De ces derniers indicateurs, on ne doit tirer aucun satisfecit, car si l'écart entre les IDH se rétrécit à long terme, si l'espérance de vie a augmenté, la pauvreté reste un insupportable fléau.De ces derniers indicateurs, nous devons cependant tirer la conviction qu'il n'y a pas de fatalité et que si le fossé a été en partie comblé, c’est le signe que la lutte contre la pauvreté n'est pas un travail de Sisyphe.


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