L'économie japonaise se redresse-t-elle?

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Le taux global de croissance du Japon en 2004 avait fait espérer que les effets de la stagnation des années 90 seraient totalement effacés. Mais l’activité a de nouveau brusquement faibli, avec trois trimestres consécutifs de recul. L’économie pourrait néanmoins retrouver sa dynamique en 2005.
Le Japon a connu en 2004 le taux de croissance le plus élevé qui ait été enregistré depuis 1996. Mais ce résultat a tenu pour l’essentiel à une croissance exceptionnellement rapide au premier trimestre. Le PIB a ensuite reculé en glissement trimestriel aux deuxième, troisième et quatrième trimestres.On peut cependant être raisonnablement optimiste. La toute dernière phase d’expansion du Japon, bien que comparable à celles des années 90 avec un taux de croissance annuel légèrement supérieur à 2 % depuis 2002, a été différente à trois égards. Premièrement, la contribution du secteur public a été négative, essentiellement du fait des fortes réductions de l’investissement public. Deuxièmement, le tassement de la demande publique a été compensé par la demande intérieure privée qui a progressé à un rythme annuel de 2,5 % depuis 2002. Troisièmement, à la différence de ce qui avait été observé pendant les années 90, la demande extérieure a joué un rôle positif, et a contribué pour un tiers à la croissance récente.Le fait est que la progression à deux chiffres des exportations depuis le milieu de 2003 a été l’un des éléments moteurs de la reprise. La Chine (Hong Kong compris) est un marché essentiel, qui représente un tiers de l’augmentation des exportations japonaises depuis le début de la phase d’expansion, laquelle a également bénéficié de la forte demande des autres pays d’Asie. L’effet positif de la croissance des exportations sur les bénéfices a été amplifié par les restructurations qui ont permis de réduire les coûts, notamment grâce aux réductions d’emplois et de salaires, et qui ont amélioré les bilans. De fait, les engagements du secteur des entreprises non financières sont passés de 200 % à environ 170 % du PIB , ce qui est proche de leur niveau à l’époque de la bulle. Ces différents facteurs ont permis d’augmenter les profits d’un quart en 2002 - 2003, et de nouveaux progrès ont été enregistrés en 2004. L’amélioration de la rentabilité et de l’utilisation des capacités ont dopé l’investissement des entreprises, qui a progressé de 6 % par an. Les progrès des technologies de l’information, qui ouvrent la perspective d’investissements rentables, ont joué un rôle dans cette progression.Bien que l’emploi ait continué de reculer au tout début de la reprise, l’évolution positive du secteur des entreprises a gagné le marché du travail pendant le premier semestre 2004. Le taux de chômage qui, au début de 2003, atteignait 5,5 %, son niveau le plus élevé depuis la fin de la guerre, s’est replié à 5 %, grâce aussi en partie à une diminution de la population d’âge actif et du taux d’activité.L’amélioration des conditions du marché du travail a freiné la baisse des rémunérations salariales et renforcé la confiance des consommateurs en atténuant les craintes concernant la sécurité de l’emploi, ce qui a contribué à une nouvelle diminution du taux d’épargne des ménages, déjà faible. Ces facteurs ont soutenu la consommation privée, qui a également bénéficié de la détente de la politique monétaire, et notamment de la longue période de taux d’intérêt zéro. La consommation privée a progressé de 1,2 % par an depuis 2002, représentant environ un tiers de l’augmentation de la demande globale.Malgré la croissance économique soutenue, la déflation persiste depuis le premier semestre de 2003, et elle est en fait devenue une constante de l’économie japonaise, 2004 ayant été la sixième année consécutive de baisse de l’indice de base des prix à la consommation. Perspectives de croissanceDans ces conditions, pourquoi l’activité devrait-elle reprendre en 2005 ? Les conditions monétaires favorables, l’expansion des échanges mondiaux, l’accroissement des bénéfices, qui favorisera les dépenses de capital fixe, comme en témoignent les commandes de matériel, sont autant de facteurs qui vont jouer dans ce sens. En effet, le ralentissement constaté depuis le premier trimestre 2004 tient à la hausse des prix du pétrole et au ralentissement de la croissance des marchés étrangers tandis que, selon les enquêtes japonaises les plus récentes, le climat général des affaires s’améliore dans les services comme dans l’industrie.La réduction des capacités de production et le vieillissement du stock de capital devraient également inciter les entreprises à investir dans l’équipement et les nouvelles technologies. La demande extérieure devrait en outre aider à soutenir l’investissement, et la croissance des exportations japonaises devrait se poursuivre à des taux à deux chiffres en 2005 et 2006, malgré une probable réduction en direction de la Chine.Bien que l’investissement des entreprises soit passé de 20 % du PIB en 1990 aux alentours de 15 % actuellement en termes nominaux, cette proportion reste l’une des plus élevées de la zone de l’OCDE. Cela explique l’augmentation du coefficient de capital, passé de 158 à 212 % au cours des années 1990 - 2000. Plusieurs éléments donnent cependant à penser que l’investissement des entreprises pourrait continuer à s’accroître dans les années à venir.En premier lieu, la hausse du coefficient de capital a largement tenu à la contraction de la production. Les entreprises ayant en effet retardé le renouvellement de leurs investissements, l’âge moyen du stock de capital est passé de moins de 10 ans en 1990 à 12 ans aujourd’hui, et la capacité de production a diminué de 10 % par rapport à son point culminant. Le vieillissement du stock de capital dans un contexte de progrès technologique rapide a conduit les entreprises à envisager des investissements rentables, désormais possibles grâce à la compression de leurs coûts et à l’amélioration de leurs bilans. La croissance de l’investissement des entreprises devrait continuer à soutenir la reprise en 2005 et 2006. Certains craignent, comme dans d’autres pays de l’OCDE, que les délocalisations ne portent atteinte à l’investissement national. Néanmoins, les sorties d’investissements directs japonais vers l’étranger, dont la moyenne annuelle s’établissait à 5 600 milliards de yen pendant les années 90 (1 % du PIB), ne représentent plus que 4 000 milliards de yen depuis 2000. La Chine n’en a absorbé qu’un pourcentage relativement faible, même si sa part a atteint 8 % en 2003. L’intégration grandissante avec la Chine a probablement une incidence nette positive sur l’investissement japonais. De fait, le redressement de l’investissement a été tiré par les grandes entreprises industrielles, pour répondre à une demande extérieure importante, principalement en provenance de Chine.L’aptitude de l’économie japonaise à retrouver sa vitalité et à s’engager sur la voie d’une reprise durable dépendra largement de l’attitude des consommateurs. Mais peut-être un accroissement des revenus serait-il alors nécessaire, compte tenu notamment de la récente diminution du taux d’épargne des ménages, estimé aujourd’hui à la moitié de son niveau de 1999, et inférieur à la moyenne de la zone de l’OCDE. Néanmoins, correction faite de la déflation, les salaires ont progressé de 3,2 % par an depuis leur plancher atteint à l’automne 2003. Étant donné la corrélation entre les marges bénéficiaires et les salaires réels, une nouvelle amélioration de la rentabilité des entreprises devrait favoriser la progression des salaires. En bref, un accroissement de la consommation privée, conjugué à une demande extérieure réduite mais néanmoins importante, devrait favoriser une croissance d’environ 1,5 % en 2005 et 2006.Dès lors, quels facteurs pourraient menacer la croissance ? Au plan extérieur, un atterrissage en catastrophe de l’économie chinoise et une nouvelle hausse des prix du pétrole sont peut-être les risques majeurs. Bien que la Chine ait joué un rôle déterminant dans l’expansion du Japon, son incidence directe reste limitée puisque les exportations à destination de la Chine représentent moins de 3 % du PIB japonais. Qui plus est, le tassement des exportations vers la Chine a été compensé par une augmentation des ventes vers d’autres pays, notamment d’Asie, même si la croissance de leurs importations risque de dépendre au bout du compte de la Chine.En résumé, un ralentissement plus accusé que prévu de l’économie chinoise affecterait certainement l’expansion actuelle du Japon, mais ne devrait pas l’interrompre.En ce qui concerne les prix du pétrole, certaines modifications structurelles y ont rendu le Japon beaucoup moins sensible, aussi bien par rapport au passé que par rapport à d’autres grands pays. Un risque intérieur majeur pour l’expansion est que la tendance ascendante des salaires (correction faite des variations saisonnières) ne s’essouffle.Un autre risque est celui d’une hausse sensible des taux d’intérêt, qui pourrait entraver le financement du déficit public et affecter les résultats des entreprises. Malgré la réduction globale de sa dette, il est possible que le Japon soit plus vulnérable que ses principaux partenaires commerciaux à une hausse des taux d’intérêt à court terme. Les entreprises dont les ratios d’endettement dépassent la moyenne de plus d’un écart type représentent 36 % de la capitalisation boursière et 31 % de l’emploi au Japon, contre 19 et 16% respectivement aux États-Unis.Malgré ces risques, la croissance économique devrait se raffermir pendant une période suffisamment longue pour faire sortir le Japon de la déflation. Les marchés financiers prévoient que les prix commenceront à augmenter en 2005, et selon une enquête de la Banque du Japon, 40 % des consommateurs estiment que l’inflation sera positive au milieu de 2005, 6 % d’entre eux seulement prévoyant la poursuite de la baisse des prix.©L’Observateur de l’OCDE, N°246/247, décembre 2004 - janvier 2005


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