Statistiques, savoir et progrès

Secrétaire général de l’OCDE
« Ce qui ne se mesure pas n’existe pas ». Véritable leitmotiv pour les statisticiens, cette observation pénétrante du prix Nobel de physique danois Niels Bohr, mérite pourtant réflexion.
Aujourd’hui, la masse d’informations statistiques disponibles atteint des niveaux jamais vus, au point d’être parfois indigeste. En 2004, la seule administration des États-Unis a consacré près de 5 milliards de dollars à ses programmes statistiques. Fort bien, mais sommes-nous capables d’appréhender ces informations pour en tirer le meilleur parti ? Ce flot de données améliore-t-il la gouvernance, la prise de décision, ou encore le niveau de vie ? Nous permet-il de mieux relever les défis du XXIème siècle ?Cela n’est pas certain, car les statistiques sont de simples informations et, pour reprendre Albert Einstein, l’information n’est pas le savoir. Or, c’est bien le savoir qui améliore la prise de décision et favorise le progrès. Les statistiques sont une matière première du savoir, tout comme l’acier pour les automobiles. La qualité des statistiques est déterminante pour l’action politique. Des informations incorrectes faussent le savoir et suscitent des décisions inappropriées, gênant ainsi le progrès.Hélas, comme l’affirme Joel Best dans son ouvrage Damned Lies and Statistics : « bon nombre de statistiques erronées – sans doute la grande majorité – émanent d’esprits confus, incompétents ou incapables de calculer, ou de gens qui, imbus de leur propre vertu, s’efforcent de produire des chiffres qui confortent certains principes et certains intérêts ». Il existe effectivement des statistiques erronées et trompeuses, qui servent à vendre des journaux ou à mener des campagnes électorales – une « tromperie délibérée », selon Best. Il n’est pas étonnant que les statisticiens professionnels couvrent littéralement leurs travaux de notes et de mises en garde. Mais celles-ci ne suffisent pas, il faut aussi éduquer le public – lui apprendre à analyser les chiffres, à faire preuve d’esprit critique et à repérer les manipulations, surtout dans un contexte de guerre des chiffres.Le changement climatique offre un bon exemple. Oui, la planète se réchauffe, mais le recours à des chiffres faux ou mal interprétés risque de susciter des réactions disproportionnées, ou même de mener à l’inaction. De même, s’agissant de la croissance économique, que nous apprend réellement le produit intérieur brut sur le progrès économique et social ? Comme l’a fait observer feu Robert Kennedy, cet indicateur « ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur éducation ou du plaisir qu’ils ont à jouer – bref, il mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ».Aujourd’hui, les citoyens attendent que le progrès soit appréhendé et mesuré dans une perspective plus globale, qualitative autant que quantitative. Il nous faut affiner nos indicateurs et élargir la notion de croissance de façon à prendre en compte le progrès de la société dans son ensemble. Comment y parvenir ?À mon sens, une action publique de qualité doit reposer sur le paradigme triangulaire croissance économique-cohésion sociale-bonne gouvernance, cette dernière assurant le transfert des bienfaits de la croissance à la société dans son ensemble, et le tout reposant sur le capital naturel, l’environnement. Maintenir le cap du progrès nécessite l’adaptation de nos politiques à ces trois fronts. Comment savoir si nous sommes sur la bonne voie ? En mesurant le progrès au moyen de normes – ou indicateurs clés – mondialement acceptées ? C’est ici qu’intervient l’OCDE. Au delà de ses données fiables, notre organisation a pour vocation de développer le savoir, l’intelligence et le conseil afin de guider l’action des pouvoirs publics et le progrès. Elle est au centre d’un réseau mondial du savoir auquel participent experts, gouvernements et société civile.L’OCDE est considérée comme l’une des organisations internationales les plus influentes pour informer et conseiller le public et les décideurs. Au fondement de nos méthodes de travail, de nos puissantes capacités d’analyse, de nos réseaux favorisant le dialogue, ainsi que des repères internationaux que nous créons, il y a des statistiques fiables. À travers ses conseils, ses analyses comparatives, ainsi qu’en formulant des objectifs réalistes, comme nous l’avons fait concernant les Objectifs du millénaire pour le développement, ou encore en promouvant des politiques fondées sur des données concrètes, comme lors du Forum mondial sur les indicateurs clés tenu en novembre 2004 à Palerme, l’OCDE prouve son utilité.Les gouvernements aussi doivent agir. Par exemple, dans le cadre de son initiative MAP (Measuring Australia’s Progress), l’Australie a défini le progrès comme recouvrant « non seulement l’amélioration du niveau de vie matériel ou d’autres évolutions touchant aux aspects économiques de la vie, mais aussi les évolutions intervenant dans les domaines social et environnemental ».Plus que les chiffres, l’enjeu de telles initiatives est la construction du savoir. Comme l’a remarqué Benjamin Franklin, « l’investissement dans le savoir est celui qui est le mieux payé en retour ». Dotée de son trésor statistique et analytique, qu’elle met à la disposition de tous, l’OCDE est déterminée à soutenir cet investissement.©L’Observateur de l’OCDE, N°246/247, décembre 2004 - janvier 2005


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