Le retour du nucléaire?

Il était absolument impensable dix ans auparavant de développer le nucléaire dans certains pays de l’OCDE. Mais la situation est peut-être en train d’évoluer. Pour Luis Echávarri, le directeur général de l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN), nous assistons à la fin de ce tabou, car les gouvernements et les populations semblent aujourd’hui disposés à discuter ouvertement des possibilités qu’offre le nucléaire.
À cela, deux raisons simples : le prix élevé du pétrole et le changement climatique. En outre, les progrès de la technologie du nucléaire font naître de nouvelles générations de centrales, ce qui explique un regain de confiance à l’égard du secteur. Il n’est pas étonnant que les gouvernements, les investisseurs et le grand public s’intéressent de nouveau de très près au nucléaire.Une grande conférence intitulée « L’énergie nucléaire pour le XXIe siècle » a réuni à Paris en mars des ministres, des personnalités officielles et des spécialistes de 74 pays et de dix organisations internationales, et témoigne de cet intérêt. Cette conférence était organisée, à l’invitation du gouvernement français, par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui siège à Vienne, ainsi que par l’OCDE et l’AEN. Son objectif était d’analyser la contribution potentielle de l’énergie nucléaire pour répondre aux besoins énergétiques de demain, compte tenu des enjeux économiques, sociaux et environnementaux.Le fait que cette conférence se déroule en France n’a rien d’étonnant : près de 80 % de sa production d’électricité provient du nucléaire. On comprend donc que les Français encouragent cette technologie qu’ils considèrent comme une source d’énergie fiable pour les années à venir. Mais la France n’est pas un cas isolé : 24 % de la production d’électricité des pays de l’OCDE est d’origine nucléaire. Par ailleurs, des pays comme la Corée, la Finlande et le Japon ont des projets d’investissement.D’après les participants à la conférence, l’énergie nucléaire présente de véritables atouts : elle n’émet pas de CO2, et n’a ainsi pas de conséquences sur le climat. En outre, comparée au pétrole et au gaz, elle garantit une relative sécurité d’approvisionnement, du point de vue économique et géopolitique. Enfin, le prix de l’uranium, bien qu’élevé, n’intervient pas sur le coût final de l’énergie, et les principaux producteurs d’uranium mondiaux sont deux pays membres de l’OCDE : l’Australie et le Canada.Des défis restent pourtant à relever, et sont principalement au nombre de deux. Tout d’abord, le stockage des déchets de haute activité. Quels que soient les progrès accomplis, l’avenir de cette technologie est lié à la levée de ce problème, notamment pour les pays non nucléaires. L’AEN compte plusieurs pays qui n’ont pas de programme électronucléaire et qui y sont toujours opposés. D’autres ont même décidé d’abandonner cette énergie. Mais les avis convergent à propos du deuxième défi : cette technologie et les matières nucléaires ne doivent pas tomber entre de mauvaises mains. Malgré ces réserves, plusieurs pays non membres se sont montrés intéressés par l’idée d’investir dans l’énergie nucléaire, surtout en Asie, mais aussi en Afrique. Si un tel développement peut compliquer la lutte contre la prolifération, ce serait surtout le signe d’un regain de confiance dans une technologie énergétique qui serait enfin reconnue.RéférencesPour plus d’informations, contacter Karen Daifuku, chef des Relations extérieures et des Relations publiques de l’AEN ou écrire à observer@oecd.org.


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