Espagne : accélérer la convergence

Selon la dernière Étude économique de l’OCDE sur l’Espagne, l’économie espagnole est performante, mais a besoin de nouvelles réformes pour accélérer la convergence avec la zone euro.
Depuis une dizaine d’années, les performances économiques de l’Espagne sont remarquables. La croissance a été de 2,7% en 2004 et devrait atteindre 3% en 2006, ce qui accélère la convergence avec les pays les plus performants. L’écart du niveau de vie espagnol avec la moyenne de la zone euro est tombé de 20 % à moins de 13 % entre 1995 et 2003. L’écart avec les pays de l’OCDE est encore plus restreint : le PIB par habitant, ajusté selon le pouvoir d’achat, était de 24 500 dollars en Espagne en 2003, contre une moyenne OCDE légèrement supérieure à 26 000 dollars. L’assainissement budgétaire, la baisse des taux d’intérêt due à la monnaie unique, les réformes structurelles menées depuis le milieu des années 90 et la brusque poussée de l’immigration ont créé un cercle vertueux de hausse rapide de l’activité, soutenue par une forte création d’emplois.Mais l’Étude économique sur l’Espagne indique aussi des zones d’ombre. Le chômage, en forte baisse ces dernières années, atteint néanmoins plus de 10%, et les gains de productivité sont restés très faibles. Ce qui n’empêche pas une inflation relativement élevée, avec notamment un niveau préoccupant des prix de l’immobilier. L’écart positif de croissance avec les pays de la zone euro, qui atteignait 1,25 point de pourcentage en moyenne entre 1996 et 2003, s’est réduit à 0,75 point en 2004, en raison d’une évolution moins favorable des échanges extérieurs et malgré un environnement international plus porteurPréserver la stabilité économique et la compétitivité tout en cherchant à diminuer l’écart avec la zone euro est une tâche difficile, qui nécessite un certain nombre de réformes structurelles. En février 2005, l’inflation était de 3,3% en Espagne, tandis qu’elle était de 2% pour la zone euro. Cet écart met en péril le dynamisme de la croissance.Comment maîtriser l’inflation ? Il faudrait réduire les rigidités des marchés du travail et des biens et services. Le système de négociations salariales, par exemple, conduit à une inertie des salaires nominaux du fait des clauses de rattrapage figurant dans les accords collectifs. En outre, la concurrence doit être renforcée dans plusieurs secteurs abrités. Il existe par exemple, de nombreux obstacles à l’établissement de nouveaux hypermarchés et centres commerciaux dans la grande distribution. Une détente des tensions sur le marché immobilier est aussi indispensable pour maintenir la stabilité macroéconomique. La hausse des prix des logements a presque doublé en termes réels depuis 1998, augmentant les risques de baisse à moyen terme.Les pressions sur la demande expliquent en partie l’écart d’inflation, bien que les gains salariaux réels aient été modérés. De surcroît, les hausses de salaires nominaux sont restées supérieures à la moyenne de la zone euro dans un contexte de faibles gains de productivité. C’est pourquoi, même dans plusieurs secteurs abrités, où les pressions de la demande sont plus fortes et la concurrence reste relativement faible, les entreprises sont à même de répercuter sur les prix les hausses relativement rapides des coûts de main d’oeuvre.L’amélioration de la productivité du travail, jusqu’ici peu dynamique, est également indispensable pour accélérer la convergence avec les pays en tête de la zone OCDE. Pour cela, la stratégie du nouveau gouvernement consiste notamment à financer davantage l’éducation et la recherche-développement. Les indicateurs des dépenses et de la production en matière de recherche-développement sont en effet bien inférieurs à ceux des pays de l’OCDE les plus performants. En outre, la part de la production dans les secteurs de haute technologie est faible et la structure d’exportation des nouveaux pays de l’Union européenne est proche de celle de l’Espagne. La hausse prévue des dépenses doit aller de pair avec la mise en oeuvre de mesures incitatives. On pourrait notamment donner une plus grande autonomie aux établissements scolaires, subordonner le financement des universités à leurs résultats, augmenter les droits d’inscription dans les universités et encourager les dépenses privées de recherche-développement, grâce surtout à l’amélioration des conditions cadres. Maintenir des finances publiques saines est un autre défi pour le gouvernement espagnol. Il paraît justifié, comme le prévoient les autorités, de viser l’équilibre du budget sur le cycle et non chaque année, mais cet objectif ne doit pas nuire à la discipline budgétaire. Il faudra pour cela maintenir un système de surveillance budgétaire pour les régions. Le système de financement des régions devrait être amélioré en tenant mieux compte de l’effet fiscal net des évolutions démographiques liées à l’immigration et au vieillissement, et les autorités régionales devraient être davantage incitées à agir dans l’optique des coûts. L’amélioration des systèmes d’information favoriserait l’adoption de meilleures pratiques au niveau régional. À long terme, la viabilité financière du système de retraite est menacée. Les réformes devraient viser la révision des paramètres de calcul des droits à la retraite, qui ne sont pas viables à long terme. Les ajustements nécessaires seront d’une portée plus limitée si les politiques destinées à doper la productivité et l’emploi, en particulier pour les femmes et les travailleurs âgés, sont efficaces.RéférencesOCDE (2005), Études économiques de l'OCDE : Espagne, disponible sur www.ocdelibrairie.org.©L’Observateur de l’OCDE n° 249, mai 2005


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