Objectif croissance

Stratégie pour les réformes économiques
Économiste en chef de l'OCDE

La croissance est à nouveau au centre du débat public, partout au sein de l’OCDE, et ce regain d’attention n’a rien d’accidentel. Dans bien des pays, la déception s’accroît face à une performance économique de long terme jugée décevante. Dans le même temps et alors que le vieillissement démographique s’accélère, la nécessité d’une croissance plus forte permettant de préserver les niveaux de vie est largement ressentie.

Le retour à une croissance plus vigoureuse constitue dès lors un défi pour les politiques économiques nationales. Dans les années à venir, il faudra tirer les leçons des erreurs passées et perfectionner encore les politiques qui réussissent déjà. Mais la méthode des essais et des erreurs, en autarcie, n’est sans doute pas suffisante. Apprendre des autres pour améliorer ses propres résultats est au moins aussi important.C’est très largement pour ces raisons qu’a été fondée l’OCDE à une époque où la confiance était grande dans la capacité des économies les moins avancées à rattraper les meilleures. Apprendre des autres ne va pas de soi cependant. Le sentiment que les singularités nationales sont indépassables vient souvent freiner, en effet, la transposition des expériences étrangères. De fait, de nombreux signes laissent penser que la convergence économique au sein des pays industrialisés s’est interrompue, voire inversée, depuis les années 80, suggérant dès lors la nécessité d’adapter et de renforcer la surveillance économique au sein de l’OCDE.À l’OCDE, les activités de surveillance incluent d’ores et déjà des examens individuels par pays et des exercices embrassant l’ensemble des pays de l’OCDE pour un secteur donné de l’activité économique. Ce qui n’existe pas encore et qu’apporte cette nouvelle publication, c’est une surveillance multi-pays portant sur l’ensemble des sources de la croissance. Cette surveillance nouvelle s’articule autour d’un exercice de « benchmarking » suffisamment systématique pour permettre de déterminer des priorités de politique nationale. Dans un contexte où la convergence économique s’est essoufflée, une approche par le benchmarking est potentiellement à même de faire ressortir de manière beaucoup plus frappante les domaines où les économies nationales restent à la traîne.Par ailleurs, les progrès importants réalisés dans la confection et l’analyse économétrique de données internationales facilitent sans doute aujourd’hui l’art du benchmarking. Ces progrès méthodologiques permettent d’aller au-delà d’un benchmarking superficiel, où l’on procède à des comparaisons de PIB par tête, de productivité du travail ou de taux d’emploi, sans pouvoir appréhender les causes profondes qui sous-tendent ces écarts apparents de performance. Un niveau relativement faible de PIB par tête peut avoir, par exemple, des implications très différentes en termes de bien-être selon qu’il reflète la prévalence de politiques publiques inhibant l’esprit d’initiative ou au contraire une préférence vraiment plus forte pour le loisir. Dans cette dernière éventualité, un PIB par tête relativement élevé n’entraînerait pas une meilleure qualité de la vie, alors même qu’il s’agit de l’objectif ultime des politiques nationales.Notre nouvelle publication, Réformes économiques, constitue un premier essai de benchmarking « en profondeur » mettant à contribution des indicateurs de politiques structurelles, soigneusement construits, et sélectionnés pour leur lien avéré, d’un point de vue économétrique, avec la performance économique des pays membres. Cette approche devrait permettre de mieux comprendre ce que recouvrent des performances économiques différentes, en faisant la part entre différences d’efficacité des politiques publiques et différences de choix sociaux et individuels.Cette publication vise donc pour l’essentiel à faciliter la diffusion des bonnes pratiques tout en évitant l’écueil de la « solution unique pour tous » et son manque de souplesse dans la prise en compte des diversités nationales.L’utilité d’un benchmarking approfondi peut être pleinement illustrée à partir d’une comparaison des taux d’emploi des personnes âgées de 55 ans ou plus au sein des pays de l’OCDE. Une analyse fouillée suggère en effet que leur extrême diversité d’un pays à l’autre reflète pour l’essentiel les « désincitations » suscitées par les politiques publiques, plutôt que des différences d’attitude à propos de l’âge de départ en retraite. Les pays aujourd’hui pénalisés par un faible taux d’emploi des travailleurs de plus de 55 ans ont donc la possibilité de revitaliser la croissance grâce à des politiques plus saines, en rupture avec le malthusianisme passé. Comme le montre enfin cet exemple, l’utilité d’une surveillance de la croissance va bien au-delà de l’amélioration du niveau de vie pour s’étendre plus largement à celle du bienêtre, à travers la recherche d’une plus grande participation de tous à la vie économique et sociale.Parce que Réformes économiques touche à des problèmes complexes, des efforts particuliers ont été faits pour rendre cette publication aussi transparente et autosuffisante que possible. Tous les indicateurs utilisés sont documentés à l’aide de graphiques et l’on s’est efforcé de rendre leur mode de construction aussi clair que possible pour le lecteur. Un chapitre thématique spécial est ainsi consacré à nos indicateurs de réglementation des marchés de produits. Les liens entre indicateurs de politique et de performance sont enfin explorés à travers deux chapitres thématiques traitant de l’impact des politiques publiques sur l’offre de travail des femmes et des travailleurs dits « âgés ». Tous ces travaux analytiques sont destinés à mieux asseoir l’évaluation des progrès réalisés au sein de l’OCDE dans le domaine des réformes structurelles pour la croissance. Ils sont aussi d’une grande importance pour mieux comprendre les raisons ayant conduit à la sélection de cinq priorités nationales par pays membre.Quels que soient les mérites d’une approche formalisée, la sélection de priorités nationales doit toujours laisser une place aux particularités locales. Aussi bien construite soit-elle, une batterie d’indicateurs comparatifs ne permettra jamais, en effet, d’appréhender complètement les circonstances propres à chaque nation. À ce stade, l’expertise de nos spécialistes pays a été mise à contribution pour tailler sur mesure deux priorités de politique publique par pays sans qu’elles soient nécessairement reflétées dans nos indicateurs standardisés.Le lancement de Réformes économiques est clairement perçu comme le point de départ d’une longue période d’apprentissage. Une plus large couverture des sources potentielles de croissance, telles que les marchés financiers et les politiques d’innovation, sera recherchée à l’avenir en parallèle au nécessaire progrès des méthodes d’analyse et à l’amélioration de la présentation des documents.Nous envisageons de publier ce type de benchmarking tous les deux ans, une périodicité qui permet aux réformes structurelles de suffisamment progresser pour que nos indicateurs eux-mêmes puissent bouger de manière sensible. La prochaine livraison de cet exercice de benchmarking interviendrait donc début 2007. Mais nous publierons cependant un numéro spécial début 2006. Il sera consacré à un examen qualitatif des progrès accomplis durant l’année écoulée en matière de réforme structurelle mais surtout il nous permettra de focaliser l’analyse sur des domaines que nous voulons approfondir tels que la contribution des marchés financiers à la croissance de long terme et à la résilience de court terme, l’efficacité des systèmes d’innovation, la mesure du bienêtre, pour mieux appréhender la portée et les limites du PIB par tête en tant qu’indicateur de bien-être.Le but de Réformes économiques n’est pas en soi d’être instructif ou agréable à lire, ce que nous espérons malgré tout. Non, son but premier est d’avoir de l’impact, d’être utile, d’influencer le débat public et la conduite de la politique économique. Rien de moins !RéférenceOCDE (2005), Réformes économiques : Objectif Croissance, disponible sur www.ocdelibrairie.org.


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