Emploi et mondialisation

Promesse ou menace ?
« Il n’y a jamais eu de rupture économique d’une telle ampleur dans l’histoire du monde – les puissants phénomènes à l’œuvre permettent aux entreprises de repenser leur stratégie d’approvisionnement tout au long de la chaîne de valeur ». Ainsi s’exprimait Mark Gottfredson, de Bain & Co., dans le New York Times du 19 août 2004.
Peut-être y a-t-il là une certaine exagération, mais il n’y a pas de fumée sans feu. Naturellement, ce discours est mis en avant par le secteur des services aux entreprises, qui profite des « externalisations » ; mais les pouvoirs publics, sont, eux aussi, sensibles à l’argument.Malheureusement, nous n’avons pas de données fiables sur les possibles délocalisations d’emploi. Dans son Rapport sur l’emploi dans le monde 2001, le BIT estimait que jusqu’à 5 % des emplois du secteur des services (2 à 10 millions d’emplois), aux États-Unis et en Europe occidentale, sont potentiellement délocalisables vers des économies à bas salaires. En novembre 2002, un rapport de Forrester Research, largement repris, évaluait à 3,3 millions le nombre d’emplois, dans le secteur des services, aux États-Unis, qui seraient délocalisés d’ici 2015. L’impact pourrait être plus marqué sur un plan sectoriel, dans les services financiers notamment. L’OCDE, montre aussi que 20 % de certaines fonctions liées aux TI sont « délocalisables » (L’Observateur de l’OCDE, N° 245, novembre 2004).À Dublin, la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail a recensé, pour le deuxième trimestre 2004, 163 restructurations d’entreprises ayant conduit à près de 60 000 licenciements, contre un peu plus de 16 000 créations d’emplois. Ces chiffres reflètent, en partie, un transfert vers les nouveaux États membres.Les commentateurs grossissent souvent les chiffres, mais il y a néanmoins une dégradation des relations entre les syndicats et les employeurs. La compétitivité internationale et les phénomènes de mode au niveau mondial déterminent de plus en plus l’attitude des entreprises, aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. Aux ÉtatsUnis comme dans l’UE ou aux Philippines, la menace des délocalisations est aujourd’hui un argument classique dans les négociations salariales.En bref, l’accélération des délocalisations au niveau international et les transferts d’activités industrielles et de services, quoi qu’en disent les économistes, ont renforcé le sentiment d’insécurité de l’emploi chez de nombreux salariés, et pas seulement chez les travailleurs manuels. Leur dire qu’il y a des avantages à long terme, n’est pas un argument valable : pour eux, la mondialisation menace leur niveau de vie.Que faire ? La fermeture permanente des frontières nationales aux flux de biens et de capitaux n’est pas la solution. Mais l’on ne peut pas non plus accepter passivement les conséquences de ce que les économistes appellent « l’effet prix relatif » sur le plan du travail. Même s’il y a régression, il faut éviter le « nivellement par le bas » en termes de normes d’emploi.Une réaction « transversale » des gouvernements des pays industrialisés est indispensable pour faire face aux conséquences des délocalisations. Les gouvernements doivent garantir les droits fondamentaux des travailleurs, et notamment freiner la généralisation des atteintes à ces droits dans les zones spéciales d’exportation et dans la chaîne d’approvisionnement. Les gouvernements des pays de l’OCDE, en particulier, doivent encourager le dialogue entre syndicats et entreprises, en s’appuyant sur des politiques régionales et industrielles ciblées, ainsi que sur des politiques actives du marché du travail pour venir en aide aux zones touchées. Les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales devraient être un guide des bonnes pratiques pour gérer le changement. Les syndicats et les employeurs ayant une vision de l’avenir négocient ces questions au niveau national et international, au sein des fédérations de branche, afin de conclure des accords cadres au niveau mondial. L’objectif doit être d’engager rapidement des négociations afin de préserver durablement l’emploi, d’éviter les licenciements, et d’encourager les redéploiements internes dans les entreprises et les efforts de requalification. Les droits des travailleurs doivent être respectés et étendus partout et, où qu’elles soient implantées, les entreprises doivent reconnaître les syndicats et négocier avec eux. Il faut prendre le temps nécessaire pour une gestion socialement acceptable du changement. Cela impliquera peut-être, parfois, le recours aux mesures sur les échanges autorisées par l’Accord de l’OMC sur les sauvegardes.Ce ne sont là ni des exigences déraisonnables ni des contraintes pour les entreprises. Au contraire, en intégrant davantage la dimension de l’emploi, les ajustements structurels seront plus durables. C’est seulement ainsi que la mondialisation deviendra une promesse et non pas une menace.Pour plus d’informations, voir www.tuac.orgL’Observateur de l’OCDE, N°249, mai 2005


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