Le défi de l’énergie

Secrétaire général de l’OCDE

Cette année, la réunion du Conseil des ministres et le Forum porteront sur l’examen de nombreuses questions, notamment l’investissement dans le secteur de l’énergie, l’ajustement structurel en réponse à la mondialisation, les enjeux du développement, ainsi que l’avancement des négociations commerciales du cycle de Doha.

Tous ces thèmes sont importants, mais je souhaite mettre l’accent, dans cet éditorial, sur les débats consacrés à l’énergie. Ils se dérouleront à l’OCDE et réuniront pour la première fois les ministres des Finances et de l’Énergie. Pourquoi revêtent-ils une telle importance ? La dernière édition de World Energy Outlook de l’Agence internationale de l’énergie, une organisation soeur de l’OCDE, conclut que, pour satisfaire la demande prévue, il faudra investir à hauteur de quelque 16 000 milliards de dollars US entre 2003 et 2030.Comment financer ces investissements ? Par des fonds publics, des capitaux privés, des partenariats entre les deux secteurs ? Quels sont les domaines à privilégier ? Plusieurs éléments préoccupants ressortent de ces prévisions.En effet, malgré cet engagement massif de capitaux et si la situation reste inchangée, les différentes sources d’énergie seront sans doute utilisées dans des proportions similaires. Ce sont donc les énergies fossiles qui, faute d’un changement radical d’orientation, continueront de couvrir la majeure partie de la demande d’énergie. Les émissions de gaz à effet de serre – notamment le CO2 – iront alors croissantes, risquant de dépasser le seuil irréversible du réchauffement planétaire, estimé par de nombreux scientifiques entre 400 et 600 parties par million (ppm) de CO2 dans l’atmosphère.Or, si la situation reste inchangée nous atteindrons des niveaux supérieurs à 400 ppm dans sept ans seulement ! L’avenir des énergies renouvelables, notamment l’énergie éolienne, solaire, marémotrice, la biomasse et en partie l’hydroélectricité, suscite beaucoup d’intérêt. Toutefois, les prévisions en la matière sont des plus décourageantes : en 2030, ces sources ne représenteraient qu’environ 14 % de la production d’énergie, la proportion actuelle. Si la demande d’énergie augmente, comme prévu, de 60 % au cours de la même période, l’investissement dans les énergies renouvelables devra être considérable, mais il sera à l’évidence insuffisant pour réduire notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles.Il faut également tenir compte du fait que l’accroissement de la demande proviendra très largement des pays en expansion rapide non membres de l’OCDE. Les grandes économies, telles que la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie, seront peut-être en mesure de réaliser les investissements nécessaires dans le secteur de l’énergie. Mais les pays plus pauvres ne rattraperont pas la dynamique d’ensemble des pays développés sans un investissement considérable dans leurs infrastructures énergétiques. Il leur faudra trouver les sources de financement, un défi que les ministres de l’Énergie, des Finances et du Développement devront relever ensemble, selon une stratégie cohérente.De grands noms scientifiques, tels que le prix Nobel Burton Richter ou James Lovelock, considèrent l’énergie nucléaire comme la technologie éprouvée offrant la solution la plus pertinente pour contribuer à satisfaire la demande d’énergie tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Largement utilisée dans certains pays comme la France, où elle fournit 80 % de l’électricité, cette technologie est encore sujette à controverse. Mais pouvons-nous l’ignorer, face aux différentes perspectives qui se dessinent, en particulier le changement climatique ?D’autres défenseurs de l’environnement, comme Lester Brown, estiment que l’énergie éolienne est la meilleure réponse à nos problèmes. Néanmoins, si certains pensent que son rôle ira croissant, beaucoup doutent qu’elle puisse produire des quantités d’électricité suffisantes pour les pays industriels et en voie d’industrialisation. De toute évidence, un débat solidement étayé sur ces questions s’impose, à tout le moins pour parvenir à des données concluantes. Cela clarifierait les choix stratégiques à opérer. Ces questions doivent également être débattues avant de prendre des décisions d’investissement en recherche et développement, car nous devons étudier toutes les solutions permettant d’éviter le scénario inquiétant qui s’annonce.Bien entendu, cet investissement ira en partie au réacteur expérimental de fusion thermonucléaire (le projet ITER), qui mise sur la fusion comme la « carte maîtresse » de nos besoins énergétiques. Mais cette perspective semble lointaine – bien trop éloignée pour empêcher les émissions des combustibles fossiles d’atteindre des niveaux critiques, à moins que nous ne prenions d’autres mesures entre-temps. Un choix définitif par le consortium international quant au lieu d’implantation du réacteur permettrait néanmoins d’en commencer la construction dans les meilleurs délais.Ces discussions au sein de l’OCDE, tout comme la Table ronde ministérielle sur le développement durable, qui se tiendra début juin, apporteront un éclairage précieux aux délibérations portant sur le changement climatique lors du G8 qui se déroulera au Royaume- Uni.L’OCDE est une organisation unique en son genre, capable d’analyser l’ensemble des enjeux concernant l’avenir de l’énergie. Nous nous appuyons sur des organisations soeurs – l’Agence internationale de l’énergie et l’Agence pour l’énergie nucléaire –, sur des compétences technologiques avancées, mises à profit dans le cadre du Forum mondial de la science, ainsi que sur nos compétences de pointe dans les domaines de l’analyse économique, des marchés financiers et, bien sûr, de l’environnement. Ce serait véritablement une occasion manquée, pour les pays membres, de ne pas combiner tous ces atouts en une stratégie intégrée afin de relever l’un des plus grands défis du XXIe siècle à l’échelle mondiale.© L’Observateur de l’OCDE, N°249, Mars 2005


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