Les technologies du XXIème siècle : un avenir prometteur

OCDE Observateur
Nous allons vivre une époque de progrès technologique passionnante. Mais quelles en seront les retombées sur l’économie et la société ? Et les implications pour les pouvoirs publics ? Wolfgang Michalski, directeur du Programme de l’OCDE sur l’avenir, tente de répondre à ces questions.
L’interaction entre l’évolution technologique et le développement économique et social a toujours profondément marqué l’histoire de l’humanité, aussi bien durant l’âge du fer ou du bronze qu’à l’époque moderne. Le passage de la société agricole à la société industrielle est une parfaite illustration des conséquences que peut avoir la diffusion généralisée des nouvelles technologies sur les structures familiales, les relations de travail, les modes d’habitat, les structures de pouvoir économique et politique, les comportements et les systèmes de valeurs.La relation entre d’une part la technologie et d’autre part l’économie et la société n’est pas à sens unique. Le progrès technologique entraîne une évolution perpétuelle des structures économiques et sociales, y compris des comportements et des valeurs, qui à leur tour, exercent des effets majeurs sur l’orientation et le rythme du développement technologique. La société industrielle d’aujourd’hui, caractérisée par des phénomènes de production, de consommation et de démocratie directe, est à bien des égards l’incarnation complexe des technologies du XXème siècle. Mais en même temps, la profonde transformation des structures politiques, économiques et sociales a sans aucun doute créé les conditions d’une transition vers un nouveau paradigme.Les grandes découvertes, moteurs du changementA l’aube du XXIème siècle, il semble qu’une nouvelle moisson d’avancées techniques soit à portée de main. Des progrès rapides sont attendus dans les domaines des technologies de l’information, des matériaux, du génie génétique, de la protection de l’environnement et de l’énergie, pour n’en citer que quelques-uns. De nouvelles combinaisons ou interactions entre les différentes technologies auront également une importance capitale. Les exemples les plus frappants concernent les rapprochements opérés entre les technologies de l’information et celles des télécommunications ou encore entre l’énergie et l’environnement. Toutefois, seules quelques-unes de ces technologies auront un impact déterminant sur l’économie et la société dans la mesure où elles seront suffisamment diffusées ou offriront à l’humanité de nouveaux moyens d’action.D’ici à une trentaine d’années, le génie génétique et les technologies de l’énergie et de l’environnement pourraient fort bien remplir ces conditions. Mais au cours des dix prochaines années, ce sont les technologies de l’information qui seront le principal moteur de l’évolution économique et sociale. Après s’être développées progressivement depuis un quart de siècle, elles seraient, selon certains, en passe de connaître un nouvel essor. Cet argument s’appuie en partie sur des progrès technologiques bien réels, mais il trouve aussi son explication dans l’évolution des structures économiques et sociales. Celles-ci s’adaptent de plus en plus aux nouveaux modes organisationnels et institutionnels nécessaires pour exploiter pleinement et de la manière la plus efficace la nouvelle technologie, contribuant ainsi à impulser de nouvelles avancées.Au-delà de la convergence de l’informatique, de la télévision et des télécommunications, les puissants micro-ordinateurs de demain seront caractérisés par la présence de périphériques d’entrée-sortie sensoriels, par le recours à des agents logiciels intelligents et, surtout, par l’omniprésence des réseaux. Ces derniers seront notamment à l’origine d’une autre caractéristique essentielle de la technologie de l’information de demain : son « intelligence » universelle.A plus long terme, l’homme prendra l’habitude d’évoluer dans un environnement dont tous les éléments sont raccordés à des réseaux. Il sera entouré de meubles, d’appareils ménagers et d’équipements bureautiques intelligents. Il habitera et travaillera dans des immeubles intelligents. Il se déplacera sur des routes intelligentes dans des voitures intelligentes pilotées par capteurs. L’imagerie constitue une autre application extrêmement prometteuse ; ses usages iront des codes barres hautement sophistiqués au marketing vidéo en passant par la réalité virtuelle. Les produits techniques complexes comme les automobiles, les gratte-ciel ou les avions seront systématiquement conçus, planifiés, construits, testés et évalués dans le cyberespace avant de prendre forme dans la réalité. D’ici à une dizaine d’années, les technologies de l’information auront selon toute probabilité envahi toutes les facettes de l’activité humaine. Là encore, l’interaction entre le progrès technologique et l’évolution économique et sociale aura transformé le « où », le « quand » et le « comment » de notre travail, de nos loisirs et de nos périodes de repos, de notre production et de notre consommation, de nos interactions avec les autres individus, les entreprises, les organismes sociaux et l’État.Le commerce électronique devrait modifier profondément le déroulement des transactions. Quiconque dispose d’un ordinateur et d’un accès à Internet peut profiter d’un large choix et d’une offre compétitive disponibles sur le marché mondial. S’il est difficile de mesurer les performances dans ce domaine, il est intéressant de noter que le catalogue de la célèbre librairie en ligne Amazon.com compte 13 millions de titres, alors que les plus grandes librairies new-yorkaises n’en proposent pas plus de 180 000. Le chiffre d’affaires du commerce électronique mondial varie fortement selon les estimations, mais il ne fait aucun doute qu’il connaîtra une progression fulgurante : probablement environ 1 000 % au cours des quatre à cinq prochaines années ! Le commerce électronique modifiera aussi les chaînes de valeur ; certaines seront démantelées, d’autres se reconstitueront. Plus important encore, on assistera à un processus de désintermédiation, si bien que bon nombre des agents qui interviennent aujourd’hui entre les producteurs et les consommateurs devront changer de fonction ou simplement disparaître. Ce sera le cas, par exemple, des agences de voyages, des courtiers d’assurance, des agences bancaires et de nombreux secteurs de vente au détail.Des effets majeurs s’exerceront également sur l’organisation sociale, aussi bien au niveau de la vie privée, qu’au niveau de l’entreprise ou du gouvernement. La puissance de l’informatique conjuguée au faible coût des télécommunications pourrait engendrer de nouvelles communautés, réelles et virtuelles. Les possibilités de télétravail, de télé-achat et de télé- apprentissage pourraient entraîner une désaffection des grandes agglomérations et favoriser une réorientation des modes d’habitat. L’accès facile aux réseaux mondiaux interactifs grâce à une plus grande simplicité de l’utilisation des ordinateurs ne fera que stimuler l’extension des « cyber-communautés » qui existent aujourd’hui à l’état embryonnaire. Au niveau des entreprises, on pourrait assister à une forte tendance à la bipolarisation des structures, avec d’un côté des acteurs mondiaux de grande envergure et, de l’autre, des entreprises de très petite taille hautement spécialisées. Dans ce secteur et dans celui des administrations, beaucoup prévoient la fin des structures hiérarchiques traditionnelles fondées sur l’autorité. Celles-ci pourraient se voir de plus en plus souvent remplacées par des réseaux horizontaux et des équipes travaillant en coopération au sein desquels chacun posséderait davantage de liberté et de responsabilité en matière de décision. Toutes ces évolutions se traduiront par de nouveaux gains d’efficacité tout en créant parallèlement les conditions d’une diversité accrue, d’un choix plus large au niveau individuel et d’une multiplication des possibilités d’autodétermination et d’épanouissement offertes à chacun.S’ouvrir aux changementsNéanmoins, rien dans les avancées technologiques ne permet de préjuger de la manière dont elles seront employées ni de l’ampleur de cette utilisation. Si l’on souhaite concrétiser les promesses des technologies du XXIème siècle – et notamment de celles de l’information –, les citoyens, les entreprises et les pouvoirs publics doivent adopter une culture de créativité, d’expérimentation et d’ouverture au changement. Les pouvoirs publics aux niveaux national et international doivent garantir que les bénéfices des nouvelles technologies profitent à la société dans son ensemble. Dans la mesure du possible, ils doivent aussi veiller à maîtriser les risques potentiels et les effets secondaires indésirables des nouvelles technologies sans pour autant entraver le dynamisme technologique, économique et social.


Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016