Pays-Bas

Renforcer l’économie par la dimension sociale

©ANP/Benelux Press

Comme dans un grand nombre de pays de l’OCDE, un débat est en cours aux Pays-Bas sur la réforme de l’État protecteur. Le vieillissement de la population, la mondialisation, le progrès technologique et les libertés individuelles appellent une évolution du système de protection sociale allant au-delà de l’ajustement des taux de prestation ou d’un renforcement des incitations financières.

À cet égard, le gouvernement néerlandais a pris récemment une initiative digne d’attention. Il s’agit d’un nouveau dispositif que nous appelons « l’épargne individuelle tout au long de la vie» (levenslooppregeling).Lorsque l’État protecteur actuel a été mis en place dans les années 60, la population néerlandaise était jeune et ethniquement homogène, et les ménages présentaient des caractéristiques similaires. La protection sociale que nous connaissons aujourd’hui était conçue en fonction du schéma de vie qui prédominait à l’époque : éducation pour les jeunes, carrière active pour les hommes et prise en charge du foyer pour les femmes, et pour finir la retraite.La société néerlandaise a profondément évolué depuis lors. Le niveau moyen de qualification s’est grandement amélioré, les femmes exercent davantage une activité professionnelle et les modes de vie sont maintenant plus hétérogènes. En conséquence, le déroulement de la vie est bien plus diversifié selon les individus.De nouvelles pressions s’exercent aujourd’hui. Du fait du vieillissement de la population, il est impératif de travailler jusqu’à un âge plus avancé. L’économie du savoir exige de notre part un investissement constant en capital humain tout au long de nos carrières. Les parents doivent trouver des solutions pour concilier l’activité professionnelle et l’éducation des enfants. Beaucoup de personnes connaissent au cours de leur vie une sorte de « période de pointe », où l’éducation des enfants, la formation et l’activité professionnelle se disputent constamment leur emploi du temps. Trop souvent, ces tensions aboutissent à un retrait prématuré de la vie active, qui peut compromettre la viabilité financière de la protection collective et la cohésion sociale.Pour remédier à ces tensions, le gouvernement a mis en place un dispositif individuel d’épargne tout au long de la vie. Le travailleur peut affecter une partie de son salaire brut à ce compte d’épargne, qui est défiscalisé jusqu’au moment où l’épargne est retirée. Les sommes épargnées peuvent être utilisées pour diverses formes de congé non rémunéré, par exemple pour élever un enfant ou s’occuper d’un parent malade, suivre des cours, prendre un congé sabbatique, ou même partir en retraite anticipée. Le montant maximum de cette épargne est de 210 % du dernier salaire brut annuel. Grâce à cette nouvelle formule d’épargne, le travailleur peut établir un meilleur équilibre entre ses besoins en temps et en argent aux différentes étapes de son existence. On réduit ainsi le risque de retrait non souhaité du marché du travail, en particulier concernant les mères, et on pourra aussi éviter certains cas d’absentéisme pour maladie ou incapacité. Le résultat devrait être un État protecteur plus réactif, au bénéfice de l’économie également.Cette nouvelle approche de la politique sociale, reposant sur le cycle de vie, pourrait largement contribuer à créer un Etat protecteur qui répondra aux impératifs d’efficience et d’équité, aujourd’hui et demain. J’attends de prendre connaissance des idées et suggestions des autres responsables gouvernementaux et des autres parties prenantes avec le plus grand intérêt.© L’Observateur de l’OCDE, n°248, mars 2005Voir les réponses de cinq autres ministres de l'OCDE : Kay Patterson, ministre de la Famille et des Services d’intérêt commun de l’Australie ; Ulla Schmidt, ministre fédéral allemand de la Santé et de la Sécurité sociale ; Geun Tae Kim, ministre de la Santé et des Affaires sociales de la Corée et co-président de la Réunion de 2005 ; Berit Andnor, ministre des Affaires sociales de la Suède ; Wade F. Horn, secrétaire responsable de l’enfance et de la famille au Département de la santé et des affaires sociales (HHS) des États-Unis.


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