Activer les politiques sociales

Secrétaire général de l’OCDE

L’OCDE accueille de nouveau une réunion des ministres des affaires sociales. La précédente réunion, organisée il y a sept ans, avait identifié les priorités et les défis auxquels les pays membres de l’OCDE devaient s’attaquer d’urgence. Un grand nombre demeure à l’ordre du jour.

Il ne faut pas en conclure que peu de choses ont été faites dans l’intervalle. Bien au contraire, beaucoup de progrès ont été accomplis dans tous les secteurs. Je citerai trois exemples : la plupart des pays ont presque éradiqué la pauvreté dont étaient victimes les retraités ; d’autres, également nombreux, ont axé leur politique sociale sur l’emploi ; enfin, un nombre croissant de pays adopte des mesures afin d’aider les hommes et les femmes à mieux concilier les obligations de la vie professionnelle et la vie familiale.Cette approche s’inscrit dans ce que j’appelle le paradigme triangulaire du progrès, qui repose sur trois piliers : la croissance économique, la cohésion ou la stabilité sociale ainsi que la bonne gouvernance. La politique sociale vient consolider l’équilibre de ce triangle. La croissance, sans transfert de ses bénéfices à l’ensemble de la société réalisé grâce à une politique sociale appropriée, ne garantira ni le progrès économique ni le progrès social à long terme. Or, l’emploi représente l’outil le plus efficace et le plus productif pour assurer une bonne répartition des bénéfices de la croissance économique. C’est pourquoi il est si important d’axer la politique sociale sur l’emploi. Après tout, dans une société du savoir, le capital humain est le facteur clé de la croissance.Certes, nous avons réalisé des progrès dans le domaine de la politique sociale. Mais il n’y a pas lieu de nous en contenter. Trop d’enfants souffrent encore de la pauvreté. Trop de personnes perdent leur emploi dans la force de l’âge, avec peu de perspectives de retrouver du travail. Trop de femmes n’arrivent toujours pas à concilier obligations familiales et professionnelles et finissent par renoncer à des carrières prometteuses. Trop de personnes âgées finissent leur vie dans l’isolement et la dépendance. Les politiques sociales traditionnelles n’ont pas réussi à résoudre ces problèmes. C’est pourquoi il est temps de changer d’approche. Il nous faut trouver de nouvelles solutions à de vieux problèmes ; et il nous faut les trouver rapidement, avant que le vieillissement démographique et les pressions consécutives exercées sur les budgets publics ne restreignent davantage nos marges de manœuvre.J’ai été troublé par la lecture de certaines informations, fournies par un article du New Scientist : « Les riches s’enrichissent tandis que les pauvres restent pauvres … Les statistiques américaines appellent à la réflexion… En 1979, les 1 % les plus riches… gagnaient en moyenne 33,1 fois plus que les 20 % les plus pauvres. En 2000, ce rapport était de 88,5. Si les inégalités s’aggravent aux Etats-Unis, qu’en est-il dans les autres pays ? ». Même si cette évolution tient à plusieurs facteurs, il est certain qu’une politique sociale plus active contribuerait à l’enrayer. Les politiques sociales « traditionnelles » reposaient sur une série de postulats. On considérait que les différentes étapes de la vie – l’enfance, les études, la vie active et la retraite - étaient bien délimitées et séparées. Les rôles assumés par l’homme et la femme au sein de la famille étaient précisément établis : les femmes restaient à la maison pour s’occuper des enfants tandis que les hommes travaillaient à l’extérieur, en général à plein temps. Les familles formaient un noyau uni. Les divorces et les séparations étaient rares.Le monde a changé. Dans la plupart des pays de l’OCDE, la réalité est différente. Les modes de vie sont moins rigides et le passage du travail à l’apprentissage ou à la retraite plus souple. Un nombre croissant de femmes travaille, leur apport au revenu du ménage étant parfois même prépondérant. La probabilité que les enfants passent toute leur enfance avec leurs deux parents biologiques diminue. Les couples se séparent et recomposent des familles avec de nouveaux partenaires ou décident de rester célibataires. La carrière autrefois « atypique », caractérisée par la discontinuité ou l’instabilité, devient de plus en plus la norme. Pour être efficaces, les politiques sociales doivent s’adapter à ces nouvelles réalités et aux contraintes qui en résultent. Il ne suffit pas d’aider les individus. Les bonnes politiques sociales doivent prévenir plutôt que guérir. Cela signifie qu’il faut améliorer les conditions de vie, économiques et sociales, des citoyens. La nouvelle approche active de la politique sociale poursuit deux objectifs à deux échéances différentes. Il faut engager, aujourd’hui, des dépenses pour répondre aux besoins actuels tout en commençant à investir pour prévenir les difficultés sociales de demain.Quatre principes sont au cœur de l’action de l’OCDE en faveur d’une politique sociale active. Premièrement, les politiques sociales doivent permettre aux enfants de prendre le meilleur départ possible dans la vie ; deuxièmement, elles doivent aider les individus à surmonter les obstacles au travail ; troisièmement, elles doivent permettre de concilier la vie professionnelle et la vie familiale ; quatrièmement, elles doivent être moins tributaires de l’âge des individus.Pour mettre en œuvre chacun de ces principes, il convient d’explorer une large palette d’initiatives. Lors de la réunion des ministres des affaires sociales de 2005 et au-delà, nous devrons nous efforcer de définir, avec les gouvernements et les diverses parties prenantes, des stratégies nouvelles et innovantes qui nous aideront à transformer la réussite économique en progrès social. Nos économies en dépendent.© L’Observateur de l’OCDE,n°248, mars 2005


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