Sur le boom économique irlandais

Courrier des lecteurs
Vous affirmez à juste titre que l’économie irlandaise n’est plus « l’homme malade » de l’Europe dans L’Observateur n°217/218 (été 1999). Alors que durant la majeure partie du XXème siècle, le revenu national par habitant en Irlande s’est accru de seulement 1,8 % par an, il a progressé de plus de 6 % par an au cours de ces six dernières années. Ces performances sont certes relativement récentes, mais l’économie irlandaise offre tout de même un cas d’étude intéressant, notamment en ce qui concerne la relation entre politiques économiques et croissance.
Votre Étude économique de l’Irlande 1998-1999 montre à quel point même les économistes les plus expérimentés éprouvent des difficultés à expliquer le retournement de la conjoncture dans ce pays. L’une des raisons de la confusion est que le boom économique reflète la conjugaison de plusieurs facteurs dont il est extrêmement difficile de distinguer les différents effets. De plus, toutes les politiques ne produisent pas des résultats dans le même laps de temps : il faudra plusieurs années avant d’apprécier les conséquences d’une réforme de l’éducation tandis qu’une baisse des impôts aura des répercussions assez rapides sur l’économie.L’OCDE estime que le facteur le plus important a été l’afflux des investissements directs étrangers, notamment en provenance des États-Unis. L’apport accru de main-d’œuvre est cité comme autre facteur déterminant. Sont ensuite mentionnés l’intégration du pays à l’Europe et les fonds structurels de l’UE, ainsi que la politique des revenus. On y évoque aussi l’assainissement budgétaire tout en précisant que cette mesure n’aurait pas été aussi efficace que « d’aucuns l’ont prétendu ».Le fait d’énumérer ces différents facteurs soulève plusieurs questions. Tout d’abord, sur les 450 000 emplois créés depuis 1989, seulement 10 % émanent des filiales américaines dans le secteur manufacturier et dans les services échangeables, notamment les services financiers. Et même si chaque emploi au sein d’une filiale américaine aurait permis de générer un autre emploi dans l’économie, comment expliquer les autres 80 % ? L’argument relatif aux investissements en provenance des États-Unis est important mais on ne saurait affirmer qu’il s’agit du facteur essentiel.Le fait que l’OCDE met en exergue l’existence d’une main-d’œuvre qualifiée sur le marché du travail pose aussi problème. Certes, il y a eu davantage de jeunes diplômés, le taux d’activité des femmes a augmenté et nombre d’émigrants sont revenus en Irlande. Mais ce pays n’a jamais connu de pénuries de main-d’œuvre. Dans les années 80, un tiers de nos émigrants étaient de brillants diplômés, anglophones et motivés. Pourquoi n’y avait-il pas de travail pour eux à l’époque alors que l’offre a été abondante dans les années 90 ? Il est clair que l’offre de main-d’œuvre a été un facteur appréciable. En fait, elle a permis de soutenir la croissance sans pour autant la déclencher.Un autre point de vue serait simplement de dire qu’il y a eu davantage d’embauches après la fin des années 80 car les entreprises irlandaises sont devenues plus rentables et plus confiantes. La politique budgétaire a aussi joué un rôle essentiel dans la transformation de l’environnement dans lequel les entreprises opèrent. Les partis se sont entendus sur la nécessité de réduire les dépenses publiques, montrant ainsi la volonté politique de rétablir l’ordre du côté des dépenses. Cela a permis une détente des taux d’intérêt, une modération des accords salariaux et des allégements fiscaux. La consommation et l’investissement des entreprises se sont alors intensifiés.Autre interrogation : sur les 450 000 créations nettes d’emplois enregistrées au cours de la décennie écoulée, environ 335 000 ont été concentrées dans le secteur des services, principalement les services privés ; comment se fait-il que ces emplois aient été créés en l’espace d’une décennie ? Durant les années 1980, le secteur des services irlandais a généré peu d’emplois par rapport au PNB irlandais comparé à d’autres pays de l’OCDE. Cette faible performance était liée à des niveaux d’imposition prohibitifs, des coûts de main-d’œuvre élevés, une réglementation excessive et des pratiques anticoncurrentielles. De ce point de vue, les mesures budgétaires se sont avérées efficaces.Un autre aspect important, mais sous-estimé dans l’analyse de l’OCDE, a été la mise en œuvre de nouvelles mesures de déréglementation et d’une politique de la concurrence. L’ouverture du transport aérien à la concurrence a par exemple grandement contribué au développement du tourisme en Irlande. En résumé, le rapport de l'OCDE sur l’Irlande surestime le rôle de l'investissement étranger et de l’offre de main-d’œuvre. Par contre, il sous-estime le rôle joué par la politique budgétaire et la politique de la concurrence dans le redressement économique. Dans le contexte de l’UEM, les politiques budgétaires resteront un instrument puissant.*Dermot McAleeseProfesseur of economyTrinity CollegeUniversity of DublinIrland


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