L’énigme des cours du pétrole

Département des affaires économiques
Les effets négatifs du choc pétrolier se font progressivement sentir. Les prix finiront-ils par baisser ou faut-il désormais compter avec des prix du pétrole élevés ?
Sous réserve que les cours du pétrole ne passent pas au-dessus de la trajectoire supposée, l’expansion devrait se raffermir courant 2005, l’écart de production de la zone OCDE se résorbant vers la fin 2006. La hausse des prix à la consommation devrait ralentir quelque peu courant 2005-2006, avec la dissipation de l’impact du choc, à supposer que les effets secondaires demeurent limités. Le chômage restera relativement élevé et une aggravation des déséquilibres internationaux est à prévoir. Certains indicateurs de court terme laissent entrevoir une baisse de régime.Du fait notamment du choc pétrolier et de l’incertitude correspondante, la confiance des chefs d’entreprise aux États-Unis s’est effritée depuis le début de 2004, partant toutefois de niveaux élevés. Dans l’ensemble de la zone euro et au Japon, elle s’est améliorée mais ne dépasse guère sa moyenne de long terme.Les prix du pétrole pourraient se replier sensiblement, vu que les cours au comptant paraissent avoir été dopés par des facteurs de court terme, mais ils pourraient aussi s’avérer durablement plus élevés que prévu. Compte tenu de la faible élasticité à court terme de la demande, des perturbations de l’offre entraînant une perte de production de 1 ou 2 millions de barils/jour pourraient induire une forte hausse des cours. L’ampleur d’un possible choc pétrolier négatif dépendrait cependant de son origine, les réserves pétrolières étant relativement concentrées en termes géographiques. Dans l’hypothèse de taux d’intérêt nominaux inchangés, il en ressort qu’une hausse de 15 dollars des prix du pétrole - par exemple, du milieu de la fourchette visée par l’OPEP dans le passé à 40 dollars - ampute d’environ 0,2 point de pourcentage la croissance sur un an du PIB réel de la zone OCDE. En outre, la hausse des prix à la consommation connaît une accélération concomitante d’une ampleur légèrement supérieure. Ce type de simulations ne reflète pas les effets à long terme négatifs sur l’offre d’une baisse de rendement des capitaux investis ni n’appréhendent les non-linéarités entrant en jeu lorsqu’un mouvement brutal des prix entame la confiance.Les prix du pétrole ont-ils surréagi ?Une question-clé est évidemment de savoir si les cours élevés du pétrole vont persister. L’instabilité des cours pétroliers s’est accentuée progressivement au cours de la décennie écoulée, et dans ce contexte les vives hausses du prix du pétrole ne sont pas particulièrement inhabituelles. Durant la même période, la persistance des chocs pétroliers s’est atténuée, encore qu’il soit difficile de déterminer à l’avance si un choc pétrolier est durable ou passager. Dans ce contexte, les prix du pétrole en 2004 atteignant des niveaux sans précédent depuis les chocs pétroliers des années 70 et du début des années 80, on peut se demander si les cours pétroliers resteront si élevés ou redescendront vers leur tendance de long terme.Les cours du pétrole dans les marchés futurs à court terme reflètent les primes de risque temporaires et la spéculation. En ce qui concerne les contrats à court terme, depuis 1999 le marché du pétrole a été presque continuellement en situation de déport prononcé, le prix au comptant étant sensiblement plus élevé que le prix à six mois. Cette période de déport anormalement longue donne à penser que les incertitudes actuelles ajoutent une forte prime de risque au prix au comptant.En 2004, des craintes pour la sécurité des approvisionnements se sont manifestées à intervalles réguliers. De fait, les primes de risque ont augmenté avec les peurs suscitées par le sabotage de l’infrastructure d’exportation pétrolière de l’Irak, les attentats contre les travailleurs du secteur pétrolier en Arabie saoudite, l’incertitude entourant le sort de la compagnie russe Ioukos (près de 2 % de la production pétrolière mondiale) et les menaces de perturbation des approvisionnements au Nigeria et au Venezuela. L’impact de la spéculation sur les prix du pétrole est plus difficile à chiffrer, mais il explique sans doute en partie l’instabilité des cours.La demande étant forte et l’offre tendue, des perturbations même faibles du marché pétrolier peuvent induire des variations de prix considérables. Sur un marché si instable, les acteurs industriels ont des niveaux de stocks souhaités plus élevés et il leur faut une plus forte hausse du prix au comptant par rapport au prix à terme pour mettre des stocks sur le marché. C’est le cas à l’heure actuelle. Les stocks industriels de pétrole, qui n’ont cessé de décroître au cours des années 90, étaient faibles au regard de la demande et ont réduit la flexibilité de l’offre, mais la demande de stocks s’est accrue au cours de l’année, exerçant une pression à la hausse sur le cours du pétrole.Avec la dissipation des incertitudes, le prix du pétrole baissera. Cependant, certains effets seront vraisemblablement durables. Au premier semestre 2004, la vigueur de la demande a contribué au raffermissement des cours pétroliers. La composition de la demande de pétrole début 2004 reflétait une croissance de la production plus forte que prévu dans les économies dynamiques d’Asie, et surtout en Chine. Celles-ci ont représenté près de la moitié de la demande additionnelle, les chiffres effectifs étant un peu plus élevés que les prévisions faites par l’industrie au début de l’année.Les pressions émanant de la demande sont susceptibles de perdurer, mais si les prix restent élevés, la plus grande élasticitéprix à long terme de la demande se traduira par une diminution de la demande dans l’avenir. Des investissements faibles signifient une diminution des capacités de production. L’excédent de capacité dans les pays de l’OPEP – principalement en Arabie saoudite – a été réduit au cours de l’année. En conséquence, on estime que les capacités inutilisées dans ces pays sont tombées aux alentours de 1 million de barils/jour (en 2002, les réserves de l’OPEP excédaient 6 millions de barils par jour). En même temps, les producteurs hors OPEP ne disposent guère de capacités disponibles pour répondre à des poussées de la demande.Plus récemment, dans le contexte des anticipations d’une hausse des prix du pétrole, les investissements de prospection et de développement dans les pays non membres de l’OPEP ont repris par rapport à l’activité observée dans les années 90. Mais vu les délais nécessaires pour mettre sur le marché des approvisionnements supplémentaires, ces investissements ne contribuent guère à atténuer les pressions dans le court terme.En résumé, faute d’une exploitation plus poussée des réserves considérables des producteurs de l’OPEP, l’offre restera sans doute tendue pendant quelque temps encore.Tandis que les prévisions de prix sur un marché volatil sont très incertaines, et que les prix à court terme sont de mauvaises variables explicatives du prix au comptant futur, plusieurs indicateurs dénotent des anticipations selon lesquelles, lorsque l’influence des facteurs passagers se dissipera, les prix du pétrole seront durablement plus élevés. Les prix à long terme (contrats à 6-7 ans) ont augmenté, alors que tout au long des années 90 les prix des plus longs contrats disponibles sont restés très stables, aux alentours de 20 dollars le baril. Par ailleurs, les analystes des compagnies pétrolières ont majoré leurs anticipations de prix à long terme de quelque 5 dollars par baril depuis le début de la décennie. Les estimations des actifs des compagnies pétrolières par les investisseurs de portefeuille semblent aussi avoir augmenté, compte tenu de l’attente d’une hausse des prix du pétrole.Pris ensemble, ces facteurs laissent à penser que, même si les cours baissent par rapport aux niveaux actuels avec la dissipation de l’effet des facteurs de court terme, certains éléments à l’origine de la hausse récente auront un impact plus durable.RéférencesVoir « Évolution du prix du pétrole : moteurs, conséquences économiques et ajustement des politiques », Perspectives économiques de l’OCDE N°76, novembre 2004.©L’Observateur de l’OCDE, n°245, novembre 2004


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