La troisième voie de l'emploi

Si vous doutez qu’un marché du travail fluide puisse coexister avec un système de protection sociale solide, observez ce qui se passe au Danemark. Alors que la législation de protection de l’emploi y est plus souple que dans certains pays voisins, les prestations chômage y sont plus élevées que dans certaines économies anglosaxonnes où la déréglementation est plus avancée. En revanche, pour bénéficier de ces prestations, il est obligatoire de rechercher sérieusement un travail. Résultat : si le chômage peut toucher un grand nombre de travailleurs chaque année, la plupart retrouvent un emploi rapidement. Ceux qui n’y parviennent pas doivent participer à des programmes exigeants de retour à l’emploi qui les aident à remettre le pied à l’étrier.
La « flexécurité », terme inventé par les Néerlandais pour désigner une initiative (légèrement différente) dans les années 1990, est l’autre nom que les Danois donnent à la « troisième voie » qu’ils ont mise au point, à mi-chemin entre déréglementation extrême et surprotection. Et cette dernière semble fonctionner : en 2003, le taux de chômage moyen du Danemark n’était plus que de 5,6 %, soit la moitié du niveau prévalant 10 ans plus tôt.Comment fonctionne la « flexécurité » ? La plupart des chômeurs assurés sont indemnisés dès le premier jour de chômage à hauteur d’environ 90 % de leur dernier salaire, et ce pour un maximum de quatre ans. Quant aux groupes à faible revenu, cette indemnité et les autres prestations fondées sur des critères de ressources, leur assurent des ressources financières assez proches du revenu net qu’ils auraient perçu s’ils avaient travaillé (sachant que, dans ce cas, ils auraient peut-être payé des impôts élevés). Dans le cas d’un travailleur moyen, le taux de remplacement du revenu net d’activité varie entre 63 % et 78 % selon sa situation familiale, le ratio pouvant grimper jusqu’à 89 % pour un célibataire qui se situe dans la tranche inférieure des revenus et 96 % pour un adulte célibataire ayant deux enfants à charge. Si l’on ne prend en compte que la motivation liée au revenu, il est évident que les chômeurs sont peu incités à retrouver rapidement du travail. C’est là qu’interviennent les règles d’activation.Au Danemark, les bénéficiaires d’indemnités chômage sont tenus de chercher un emploi. Et une loi adoptée en 1994 rend obligatoire la participation à des programmes « d’activation » dès lors qu’ils sont au chômage depuis plus de 12 mois (6 mois s’ils ont moins de 25 ans). Il en résulte que le taux de chômage de longue durée représente environ 20 % du chômage total, soit moins qu’au Royaume-Uni (23 %) et qu’aux Pays-Bas (29 %).Au Danemark, la période dite « d’activation » dure jusqu’à trois ans et comprend des formations professionnelles privées ou publiques, des formations à la recherche d’emploi, des actions éducatives ciblées, etc. Si à l’issue de cette période la personne ne trouve toujours pas un emploi adapté, elle perd ses droits à indemnité. Cela dit, elle pourra toujours bénéficier d’une aide sociale fondée sur des critères de ressources, qui lui assurera un taux de remplacement du revenu net d’activité bien inférieur.Si la « flexécurité » produit des résultats, ce type de programmes peut s’avérer coûteux, tant sur le plan des dépenses administratives que des transferts. D’après un rapport de Per Kongshøj Madsen, les dépenses publiques consacrées aux programmes visant le marché de l’emploi, y compris les indemnités et les programmes actifs du marché de l’emploi, représentent 5 % du produit intérieur brut (PIB).La « flexécurité » n’a pas pour seul but de diminuer le chômage : elle vise aussi à accroître la population active. Avec les réformes lancées en 2003, surnommées « Plus de personnes au travail », les indemnités sont encore versées pendant quatre ans mais les programmes d’activation peuvent commencer dès le premier jour de chômage. L’objectif est d’offrir des voies plus rapides et plus directes d’accès à l’emploi en ayant recours à des plans d’action individuels ciblés et en s’appuyant davantage sur les services publics pour l’emploi. Dans la mesure où elle favorise le retour au travail, la « flexécurité » peut être rentable. Mais reste à savoir si elle produira les mêmes résultats dans un contexte économique moins favorable que celui des dernières années. Références• Madsen, Per Kongshøj (2002), The Danish Model of Flexicurity: A Paradise with some Snakes, European Foundation for the Improvement of Living and Working Conditions, Bruxelles• OCDE (2004), Perspectives de l’emploi, Paris.© L’Observateur de l’OCDE, N°244, Novembre 2004


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