Faire vivre Doha

Courrier des lecteurs
Vous avez raison d’affirmer que les subventions agricoles des pays de l’OCDE (particulièrement en Europe et aux États-Unis) sont une pierre d’achoppement permanente dans les négociations commerciales multilatérales (« Soutien à l’agriculture : ce que cachent les chiffres », Stefan Tangermann, L’Observateur de l’OCDE, N°243). Ceci explique que, dans le domaine agricole, le libre-échange soit souvent considéré comme un doux rêve.
Les consommateurs des principaux pays de l’OCDE sontils prêts à en payer le prix? Dans certains cas, il semble que oui. Après tout, le libre-échange n’a pas toujours bonne presse en Europe, où les Français, en particulier, semblent fiers de leurs traditions rurales et sont prêts à les défendre quel qu’en soit le prix. Selon un sondage du German Marshall Fund, 16 % des électeurs français sont opposés au libre-échange, et pas moins de 10 % en Allemagne et aux États-Unis. De même, 54 % des électeurs français se sont déclarés « défavorables » à la mondialisation, suivis de près par les électeurs allemands, dont 51 % partagent cette opinion. Ces deux pays apparaissaient beaucoup moins favorables à la mondialisation que les États-Unis et le Royaume-Uni, dont, respectivement, 39 et 35 % des électeurs se prononcent contre la mondialisation.Heureusement, au cours d’un cycle de négociations récent de l’OMC, l’UE a déclaré qu’elle était prête à négocier sur les subventions agricoles, et les pourparlers multilatéraux ont été remis sur les rails. On peut se montrer prudemment optimiste.D’abord, le fait que les parties négocient effectivement est en soi une bonne nouvelle, après l’échec des pourparlers de l’OMC à Cancún, au Mexique, l’an dernier. L’erreur a été de demander la réduction des subventions agricoles avant même qu’une procédure ait été mise en place à cet effet. Heureusement ce problème a été résolu.Ensuite, lorsque l’UE s’est élargie, elle a dû concevoir un système de subventions à deux niveaux, qui n’est assurément pas viable. En conséquence, la moyenne des subventions prévues dans le budget de l’UE devra probablement être revue à la baisse.Troisièmement, à travers le monde, les accords de commerce bilatéraux et régionaux sont un réel succès, car l’OMC a dû prouver que les négociations multilatérales servent à quelque chose. L’Australie a été un fervent défenseur des accords commerciaux bilatéraux tels que ceux passés avec Singapour, la Thaïlande et les États-Unis, non seulement parce qu’ils lui sont bénéfiques, mais aussi pour favoriser des avancées au niveau multilatéral. Que se passera-t-il ensuite ? Le Cycle du Développement de Doha a été prolongé de 12 mois. Cela permettra aux parties de préparer des propositions pour l’accès au marché, et leur laissera le temps pour traiter la question des réductions de subventions. Mais surtout, les négociations multilatérales existent toujours, et elles sont dynamiques, ce qui entretient l’espoir d’une future libéralisation des échanges à l’échelle mondiale. Espérons que les fermiers européens et américains usent de bon sens et jouent le jeu, au lieu de laisser le reste du monde attendre la saint-glinglin.Tim Harcourt, Économiste en chef, Commission australienne des échanges commerciaux, Sydney© L’Observateur de l’OCDE, N°244, Novembre 2004


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