La vérité sur la mondialisation

Secrétaire général de l’OCDE
Les puissantes forces économiques à l’œuvre dans le monde sont porteuses d’immenses progrès sur le plan humain. Mais ces forces peuvent aussi fragiliser nos économies et nos sociétés. Nous le savons depuis au moins deux décennies, c’est-à-dire depuis que le processus de mondialisation a commencé à s’affirmer. Pourtant, la communauté internationale n’est pas encore parvenue à mettre sur pied une coopération concrète d’une ampleur et d’une nature suffisantes pour que toutes les nations puissent recueillir les fruits de cette évolution.
Je suis convaincu que la période que nous vivons actuellement restera dans les esprits comme « l’ère de la mondialisation ». À nous de faire en sorte que les historiens puissent en dresser un tableau favorable et montrer plus tard que les grandes puissances ont su se saisir de cette occasion pour apporter des solutions nouvelles à l’éradication de la pauvreté, de la misère et de la maladie dans de nombreuses régions en développement. À nous de faire en sorte que la croissance économique s’installe dans le monde grâce au transfert et à une utilisation efficace du capital, de la technologie et des savoir-faire, le tout sur fond d’accès de tous aux marchés mondiaux.Quelle magnifique page d’histoire pourrait alors s’écrire ! Certains attribuent l’inégalité d’accès aux opportunités économiques mondiales à un manque de volonté politique. Je partage cette opinion. Nous ne devons cependant pas oublier que depuis la fin de la Guerre Froide, un effort politique sans précédent a été consacré à la cause de la coopération économique internationale. Dans l’ensemble, l’évolution a été satisfaisante. Toutefois, des groupes d’intérêt, notamment dans la zone OCDE, ont freiné l’accès à l’économie mondiale des pays et des secteurs qui en avaient pourtant le plus besoin.Il est vrai que les problèmes soulevés sont complexes. La mondialisation confronte les gouvernements à de nouveaux défis dont ils doivent expliquer les enjeux à leurs concitoyens, parfois inquiets ou désemparés. Aujourd’hui par exemple, dans certains pays de l’OCDE, l’opinion redoute que les délocalisations de services aux entreprises ne portent atteinte à l’emploi. Les analyses dont j’ai eu connaissance montrent pourtant qu’elles profitent aussi bien aux pays de l’OCDE qu’au monde en développement. Ces analyses devraient permettre d’apaiser les craintes, à condition que le message passe.L’ efficience des marchés mondiaux et du système économique international est essentielle pour tous les pays. Mais dans un contexte où les situations peuvent varier considérablement d’un pays à l’autre, le fonctionnement de ce système dépend aussi de la mise en œuvre de politiques nationales efficaces – tant au plan interne qu’au plan extérieur – alors même que les situations peuvent varier considérablement d’un pays à l’autre. Il est capital de rétablir la vérité en s’appuyant sur des données solides et de dissiper les malentendus concernant la mondialisation.L’ une des principales erreurs est de croire que la mondialisation impose des limites draconiennes aux politiques nationales. Ce point mérite d’être approfondi. Des mesures mal conçues incitant les entreprises et les individus à consacrer leur temps ou leurs ressources à des emplois improductifs et inopérants se traduiront par un déclin économique et un affaiblissement de la prospérité, que les économies nationales concernées participent ou non au système économique mondial. L’histoire nous fournit bon nombre d’exemples de pays dont la politique d’autarcie s’est soldée par un échec.En revanche, s’il est vrai que la mondialisation économique sanctionne les mauvaises politiques, elle offre également aux pays qui souhaitent s’y engager d’immenses opportunités et les informations requises pour se saisir de ces opportunités. Car la mondialisation peut être fructueuse, mais des politiques nationales efficaces sont essentielles à son succès. Et si les dix années qui viennent de s’écouler ont été décevantes pour certaines économies, ce n’est pas la mondialisation qui est en cause. La raison en est bien plus l’inertie des réformes internes. Celles-ci doivent en effet permettre d’assurer le progrès économique et social et créer le climat de confiance nécessaire pour que le public relève le défi de la mondialisation et en tire bénéfice. Un autre mythe voudrait que la libéralisation des échanges, loin de le favoriser, nuise au développement des pays. L’ illusion protectionniste a pourtant fait à plusieurs reprises la preuve de son impuissance, aussi bien dans des pays riches que dans des pays pauvres. Comme l’a écrit Jagdish Bhagwati dans l’Observateur de l’OCDE, « le protectionnisme des pays pauvres est bien souvent la cause première de l’état désastreux de leurs exportations et de leurs résultats économiques ». Certes, tous les pays en développement ne disposent pas de l’infrastructure économique et institutionnelle nécessaire pour que l’ouverture des marchés porte rapidement ses fruits. Mais tant qu’ils ne commenceront pas à abaisser les obstacles tarifaires et à ouvrir leurs marchés de services parallèlement au développement de leurs capacités, ils ne bénéficieront pas de l’élan que donnent la concurrence et la baisse des coûts, qui contribueront au développement de leurs propres industries.En d’autres termes, tous les pays devraient jouer le jeu de la mondialisation, non pas au nom de quelque philosophie générale, mais dans leur propre intérêt.Il est bien évidemment plus difficile pour les pays en développement de s’engager dans la voie de la libéralisation lorsqu’ils constatent à quel point le protectionnisme est ancré dans certains des pays les plus riches de l’OCDE. Est-il nécessaire d’évoquer ici l’agriculture, secteur dans lequel, malgré les avantages manifestes de l’ouverture des marchés, la volonté politique est pour le moins défaillante ? Les pays développés de l’OCDE doivent s’engager, en toute connaissance de cause, à faire évoluer leurs politiques internes et à ouvrir leurs marchés. Faute de quoi, notre objectif commun, qui est de faire en sorte que la mondialisation soit bénéfique pour tous, et d’offrir ainsi aux futurs historiens – nos enfants – l’ère positive que nous leur devons, risque de ne pas être atteint.© L’Observateur de l’OCDE, N°244, Novembre 2004


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