Exploiter le potentiel des petites et moyennes entreprises

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Les petites et moyennes entreprises dominent nos économies en termes d’emploi et de nombre d’entreprises. Pourtant, le potentiel de ces entreprises reste incroyablement inexploité, et cela doit changer.

« Small is beautiful ». Il est courant, ces temps-ci, d’appliquer la maxime de Joseph Schumpeter fréquemment citée pour les besoins des petites et moyennes entreprises (PME). De fait, les PME sont aujourd’hui véritablement au centre des préoccupations des politiques publiques, ce qui n’a rien d’étonnant puisqu’elles représentent plus de 95 % des entreprises et entre 60 % et 70 % des emplois de la zone OCDE. Entreprenariat, recherche et développement (R&D), innovation, création d’emplois : ne sous-estimons pas le rôle des petites entreprises. Mais n’oublions pas non plus les défis auxquels elles sont confrontées, notamment dans un monde où les marchés se mondialisent et où les grandes entreprises polarisent tant l’attention de l’action publique. Pourtant, si les gouvernements prêtaient davantage attention aux PME, bien des problèmes pourraient être résolus.À l’évidence, la capacité de création d’emplois des petites entreprises présente un attrait majeur à court terme pour les pouvoirs publics. Mais en encourageant davantage de PME à prospérer, il est aussi possible de réaliser d’autres objectifs économiques et sociaux, comme celui d’élargir les compétences des salariés, voire de réduire des poches locales de pauvreté dans des centres urbains ou des régions en déclin. Stimuler l’esprit d’entreprise chez les femmes, qui est inexploité dans l’ensemble de la zone OCDE, constitue un autre attrait pour les pouvoirs publics. En effet, cela peut contribuer à augmenter la part des femmes dans la population active et à encourager la productivité, ce qui signifie une croissance plus forte pour tous.L’OCDE a joué un rôle de premier plan en soulignant l’importance des PME dans l’action publique. En 2000, nous avons lancé le Processus de Bologne, et nous avons approfondi ces travaux en Turquie en juin 2004.Nous sommes persuadés que les PME, grâce à des politiques et des cadres d’action adéquats, ont un rôle considérable à jouer. Chaque année, un nombre incalculable d’entreprises entrent sur le marché et en sortent. Si les taux de création d’entreprises varient peu d’un pays à l’autre, il semble que les jeunes entreprises aient davantage de chances de prospérer aux États-Unis que dans la plupart des pays européens. Le climat économique, les différences institutionnelles et administratives et les coûts expliquent, entre autres, cette disparité.Que peuvent faire les pouvoirs publics ?Globalement, ils doivent s’efforcer de créer un environnement économique propice à l’entreprenariat, à la création d’entreprises et à la croissance rapide de structures innovantes. Pour ce faire, ils doivent mener des politiques budgétaires et monétaires saines, ainsi que des réformes structurelles permettant le fonctionnement en douceur des marchés du travail et de produits. Pour cela, ils peuvent être amenés à prendre des mesures concernant la fiscalité, la concurrence, les marchés financiers et, bien entendu, le droit des faillites. Il est essentiel de s’interroger d’abord sur l’aptitude de ces politiques à freiner ou à stimuler la création d’entreprises et à satisfaire les besoins des PME.Les coûts liés à la réglementation et administratifs peuvent évidemment entraver l’activité entrepreneuriale, freiner l’investissement et la R&D, et retarder la croissance des entreprises. En accaparant leur temps et leurs ressources, ils peuvent mener ces entreprises à la faillite. L’existence de règles laborieuses de sortie du marché rendant la cessation d’activité coûteuse (telles que les privilèges de créanciers sur les actifs courant sur une longue période ou les lourdes procédures de licenciement) peut d’emblée décourager la création d’entreprises.La culture est un autre facteur important pour la construction d’une société guidée par l’esprit d’entreprise, car elle joue sur les préférences en matière de carrière professionnelle et façonne les comportements face à la prise de risque et à sa rémunération. Les pouvoirs publics ont là aussi un rôle à jouer grâce à la formation générale et professionnelle (y compris celle dispensée tout au long de la vie) et à l’encouragement d’attitudes entrepreneuriales.Face à tant de défis, il n’est pas surprenant que la participation des PME sur les marchés internationaux soit bien plus faible que celle de plus grandes entreprises, dont la maîtrise des ressources et l’ouverture sur l’extérieur peuvent être considérables. Certaines innovations importantes, notamment dans les domaines technologiques, sont nées des PME, mais on les doit en général à des réseaux plus vastes. De nombreux entrepreneurs saisissent ces opportunités et, de fait, l’accès aux marchés mondiaux est devenu une nécessité stratégique. On pourrait les aider davantage et de manière plus complète, en allant au-delà du simple marketing, en leur facilitant l’accès à l’information dans des domaines tels que la fiscalité, la réglementation ou le droit commercial, et à d’autres services juridiques et de conseil. Il importe aussi de les aider à accéder à des fonds, car le financement constitue souvent un obstacle très difficile à franchir dans le dédale de la création et du maintien d’une entreprise, l’accès au capital-risque notamment s’avérant particulièrement problématique dans de nombreux pays. Les pouvoirs publics pourraient aussi aborder certaines questions d’infrastructures – par exemple, le développement du haut débit et de serveurs sécurisés – car, malgré quelques réussites, les PME sont en général moins rapides que les grandes entreprises à se lancer dans la cyberactivité. L’une des raisons de ce retard est leur faible capacité d’absorption des coûts en cas de difficultés dans les transactions. En outre, à supposer que l’Internet résoudrait leurs problèmes, les PME ont rarement les moyens de se payer le personnel qualifié dans ce domaine, ou alors ne le trouvent pas. Ces obstacles majeurs pour les petites entreprises ne font qu’allonger la liste habituelle des problèmes relatifs à la confiance, à la sécurité des transactions, mais surtout, à la crainte liée au non-respect des droits de propriété intellectuelle.Ce n’est que lorsque le cadre réglementaire de l’ensemble du système sera opérationnel que les PME pourront tirer pleinement parti de la cyberactivité. Il se peut par exemple qu’un mécanisme de résolution en ligne des différends interentreprises, et entre entreprises et consommateurs mérite d’être considéré ; une proposition concrète concernant les PME sera présentée pour examen aux ministres.Au programmeCes thèmes ne sont que quelques-uns des sujets concrets qui ont été abordés lors de la conférence sur les PME à Istanbul. Ils s’inscrivent dans un dialogue permanent qui implique également les entrepreneurs eux-mêmes. Le Processus de Bologne de l’OCDE regroupe désormais 57 pays non membres de l’Organisation, ce qui donne une excellente occasion d’aborder sans attendre ces enjeux. Un vaste ordre du jour centré sur la réforme et l’amélioration de la « qualité » de la réglementation est nécessaire, et la Conférence s’est achevée sur l’adoption de la Déclaration ministérielle d’Istanbul, dans laquelle les gouvernements réaffirment leur volonté d’aider les PME et l’entreprenariat grâce à un éventail de mesures destinées à aborder ces problèmes.L’un de nos objectifs majeurs concerne la manière de stimuler le rôle des PME au service du développement. Nous devons en effet étudier comment les PME pourraient prendre une part plus active aux stratégies internationales de développement telles que le Programme de Doha pour le développement, le Consensus de Monterrey, l’action de l’OCDE intitulée « Pour un programme d’action commun de l’OCDE au service du développement » et le Plan d’action pour l’Afrique du G8. À l’évidence, les PME pourraient contribuer de manière très utile aux efforts que nous déployons pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement.Ces nombreux défis exigent des prises de décision éclairées, ce qui impose de renforcer la qualité et la quantité des données que nous collectons. La constitution de bases de données et d’indicateurs est peut-être une tâche sans fin, mais elle est indispensable pour comprendre les PME de manière plus exhaustive, vérifier les progrès réalisés et comparer les situations d’un pays à l’autre.La réunion ministérielle a été assortie d’un symposium de l’entreprise et d’un programme-atelier spécial sur l’entreprenariat féminin. Un Plan d’action pourrait découler de ce carrefour d’échanges et d’activités à haut niveau. En bref, nous devons utiliser la conférence non pas comme un colloque, mais comme une occasion rêvée de montrer qu’effectivement, « small is beautiful », et que nous avons vraiment l’intention d’instaurer une mondialisation plus responsable et mieux partagée.© L’Observateur de l’OCDE, N°243, Mai 2004


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