Le défi du développement

L’aide au développement augmente et des réformes importantes sont en cours. Cependant, il reste encore beaucoup à faire, en particulier pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), comme en sont convenus les participants de la Réunion à haut niveau du Comité d’aide au développement de l’OCDE (CAD) de cette année.

On oublie trop souvent que les pays membres de l’OCDE représentent plus de 90 % du total de l’aide bilatérale au développement. La majeure partie de l’investissement direct étranger provient également de la zone OCDE. Ajoutons à cela que les politiques menées par les pays de l’OCDE dans les domaines des échanges, de l’agriculture, de la propriété intellectuelle et de l’environnement, entre autres, ont un impact considérable sur les populations dans le monde. Ajoutons encore que, depuis plus de 40 ans, les ministres chargés de la coopération pour le développement et les responsables des organismes d’aide au développement se réunissent sous les auspices du CAD, l’organe principal de l’OCDE chargé de l’aide au développement. Nous obtenons alors une idée du rôle important que joue l’OCDE dans le développement mondial.

Le développement constitue, au même titre que les échanges et l’environnement, un des domaines clés de politiques, où

l’action est fondamentale mais difficile à concrétiser sur le terrain. Et bien que les défis à relever soient de taille, on note quelques signes de progrès. La Réunion à haut niveau, qui a eu lieu en avril de cette année, a permis de tirer des conclusions constructives à cet égard.

Le consensus obtenu à Monterrey lors du Sommet des Nations unies sur le financement du développement en 2002, et les engagements souscrits par la plupart de nos gouvernements pour renforcer l’aide, demeurent la base sur laquelle s’appuient les décisions relatives aux budgets consacrés à l’aide. Nous souhaitons honorer ces engagements, tout en sachant qu’en dépit de l’augmentation de l’aide en 2002 et 2003, il faudra poursuivre nos efforts pour atteindre les OMD à l’horizon 2015. Ces objectifs visent entre autres à réduire de moitié le pourcentage de la population vivant dans la pauvreté, à faire reculer les taux de mortalité infantile et maternelle, ainsi qu’à scolariser tous les enfants, filles et garçons.

L’augmentation du volume de l’aide en 2003 est restée assez modeste, même si la hausse de 11 % sur les deux dernières années, après une décennie de déclin, a permis d’atteindre un niveau record. Les participants ont certes noté cette augmentation, mais nous avons souligné qu’il fallait faire bien plus pour concrétiser les OMD d’ici 2015. Les engagements souscrits jusqu’ici supposent une augmentation d’environ 25 % de l’aide publique au développement (APD) d’ici 2006. Néanmoins, même si les résultats sont encourageants, l’heure n’est pas à l’autosatisfaction.

Honorer les engagements de Monterrey semble être la moindre des choses à attendre au vu des objectifs de développement, mais il s’agit tout de même d’une avancée notable dans le climat d’austérité budgétaire qui prévaut dans de nombreux pays membres. Il importe que les parlements et l’opinion publique comprennent et soutiennent la nécessité d’un accroissement majeur des sommes consacrées à l’aide. La volonté politique exprimée à Monterrey doit se maintenir. Nous avons aussi convenu de mieux informer le public sur les objectifs de développement – que leurs impôts financent – les progrès réalisés et les enjeux.

L’histoire a montré qu’une croissance économique soutenue a permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté, notamment en Asie. Même si certains pays non asiatiques connaissent des taux de croissance par habitant de 5 % par an, la plupart d’entre eux doivent encore générer une croissance soutenue afin de réduire sensiblement la pauvreté.

L’aide apportée aux pays pour soutenir une croissance économique profitable à tous et capable de réduire la pauvreté, peut être améliorée. Nous avons analysé le rôle de l’aide et des stratégies à mener pour réduire la pauvreté qui permettront de stimuler les taux de croissance. Les échanges jouent à l’évidence un rôle déterminant, et nous avons insisté sur la nécessité de faire progresser les négociations du cycle de Doha sur le développement. Nous avons également reconnu la baisse de l’aide à l’agriculture et aux infrastructures, alors même que la plupart des pauvres vivent en milieu rural et que la réduction de la pauvreté suppose une nette amélioration de leur productivité. Les organismes de développement revoient actuellement leurs programmes en conséquence. Ce processus de révision prend en compte le rôle des réformes pour améliorer le fonctionnement des marchés, faciliter l’utilisation des technologies de l’information, et lever les conditions sociales.

Un accroissement de l’aide suppose de profondes réformes de l’aide, à la fois pour optimiser les ressources et pour permettre un solide ancrage du développement. Ainsi, nous avons poussé plus avant l’effort concerté des donneurs engagé à Rome en 2003, concernant l’appropriation active par le pays, l’alignement des activités des donneurs sur les stratégies des pays et l’harmonisation des pratiques pour abaisser les coûts de transaction. Des organismes bilatéraux et multilatéraux, dont la Banque mondiale, les Banques régionales de développement et le système des Nations unies, ainsi que 14 pays en développement, travaillent en étroite collaboration avec le CAD pour que les principes convenus se concrétisent. Une nouvelle phase de réforme sera proposée pour adoption lors d’un forum qui se tiendra à Paris début 2005.

Ces efforts peuvent aboutir : au Bangladesh, 13 donneurs ont mené 27 projets d’enseignement primaire grâce à 33 comptes budgétaires spéciaux. Cet exemple nous montre la marche à suivre. En 2003, les donneurs ont adopté une approche sectorielle unique, en accord avec la stratégie menée pour réduire la pauvreté par le gouvernement. Elle s’appuie sur des montages financiers communs, des missions conjointes et seulement trois comptes budgétaires.

Les conflits enlèvent toute chance de voir s’instaurer une croissance pour tous. En l’absence de sécurité, au sens le plus large du terme, les OMD resteront hors de portée pour des millions de pauvres. Les efforts déployés en faveur du développement, quels que soient les milliards de dollars dépensés, peuvent être réduits à néant par la guerre ou l’instabilité. Nos gouvernements considèrent désormais la sécurité comme un enjeu majeur et une condition indispensable au développement. La Réunion à haut niveau du mois d’avril a marqué le lancement d’une nouvelle phase dans l’approche des donneurs pour mettre fin à ce cercle vicieux. Nous avons approuvé une déclaration de principes, ainsi que des bonnes pratiques pour la réforme des systèmes de sécurité afin d’aider les pays en développement à administrer leurs systèmes de sécurité, notamment le fonctionnement des forces de police et du système judiciaire, le contrôle des forces armées par le pouvoir civil et la protection des droits de l’homme. Nous avons reconnu que le soutien apporté à la réforme des systèmes de sécurité doit faire partie d’un programme cohérent auquel souscrivent toutes les sphères concernées, aussi bien les forces militaires que les responsables de la politique étrangère et les organismes de développement.

Nous sommes convenus de la nécessité de préserver la crédibilité de la définition de l’APD et du rôle du CAD, comme garant de cette dernière. Les directives relatives à la notification de l’APD concernant la prévention du recrutement d’enfants soldats, le renforcement du rôle de la société civile dans les systèmes de sécurité, et l’exercice d’une surveillance par les civils et d’un contrôle démocratique sur la gestion des dépenses de sécurité, ont été adaptées et clarifiées. En outre, concernant l’aide que consacrent les membres pour financer les projets de Mécanisme pour un développement propre, une nouvelle règle a été définie. Elle stipule que la valeur de tout « crédit carbone » acquis par les donneurs devra être déduite de l’APD de façon à garantir une notification cohérente des statistiques de l’APD. Nous pourrons ainsi définir plus précisément ce que recouvre l’aide, mais aussi améliorer son efficacité.

© L’Observateur de l’OCDE, N°243, Mai 2004




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