Migration dans l’Europe élargie

Direction de l'emploi, du travail et des affaires sociales

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L’adhésion à l’Union européenne (UE) de 10 nouveaux membres est une bonne nouvelle pour les entreprises. Après tout, une UE rassemblant désormais 25 pays au lieu de 15 marque l’avènement d’un marché encore plus vaste, qui favorisera la circulation des biens, des services, des capitaux et de la main-d’œuvre. Enfin, nous n’en sommes peut-être pas encore là…

L’un des grands rêves de l’intégration européenne, depuis le Traité de Rome, consistait à créer un marché du travail totalement unifié. Mais cet espoir s’est révélé difficile à se concrétiser. Même dans l’UE des 15, des obstacles – comme la reconnaissance des qualifications et l’accès aux prestations d’aide sociale – subsistent, alors que la liberté de circulation des personnes et d’accès au marché du travail est une réalité.Il est évident, par ailleurs, que les différentes langues parlées au sein de l’UE constituent un obstacle qui freine la mobilité et la résorption des différentiels de salaires entre immigrants et nationaux. Dans la plupart des cas, il faudra encore plusieurs années avant que les travailleurs de Pologne, de Hongrie ou de l’un des autres nouveaux membres de l’UE puissent chercher du travail librement, et dans des conditions normales, dans les États de l’Europe des 15. La majorité de ces derniers ont, en effet, fixé des périodes de transition, allant de deux à sept ans, pour endiguer un éventuel accroissement des flux de nouveaux immigrants en provenance d’Europe orientale et pour limiter les pressions que ces mouvements entraîneraient. Certains pays – comme l’Irlande, la Suède et le Royaume-Uni – n’appliqueront aucune mesure de transition, alors que les Pays-Bas et le Portugal fixeront un quota. Mais ces mesures de précaution ont-elles vraiment lieu d’être ? En l’absence de période de transition, l’immigration en provenance des nouveaux pays membres augmenterait-elle soudainement ?Pas nécessairement. Dans le passé, la majorité des immigrants arrivant dans les pays européens, mis à part l’Allemagne et l’Autriche, ne venaient pas de la zone Europe mais d’autres régions, telles que l’Asie et l’Afrique du Nord. Dans le même temps, une certaine proportion des migrants d’Europe orientale s’installe dans des pays membres de l’OCDE, mais non européens. C’est le cas, par exemple, de l’émigration polonaise et hongroise vers les États-Unis, le Canada et l’Australie. La concentration d’immigrants de telle ou telle origine dans les pays d’accueil tient à des raisons historiques. Ainsi, les Marocains et les Algériens sont nombreux en France, les Turcs et les ressortissants de l’ex-Yougoslavie en Allemagne et aux Pays-Bas, et les Pakistanais et les Indiens au Royaume-Uni. Pourtant, l’UE a connu d’autres périodes d’élargissement au cours desquelles les migrations n’ont pas progressé. Tel a été le cas, en 1981, lors de l’adhésion de la Grèce, et en 1986, pour l’Espagne et le Portugal. En fait, l’essentiel des mouvements migratoires en provenance d’Europe du Sud date des années 1950 et 1960, les premiers migrants ayant constitué des communautés qui ont ensuite attiré de nouveaux immigrants. De plus, dans le cas de l’Espagne, les migrations de retour avaient commencé avant même l’adhésion. La situation des nouveaux membres de l’UE est différente. D’une part, leurs liens avec l’Europe des 15 sont moins forts. D’autre part, en admettant la possibilité d’une intensification des flux en provenance de l’Est, il se pourrait fort bien que ces migrants viennent de pays n’ayant pas rejoint l’UE, comme la Roumanie, la Moldavie et l’Ukraine.Si certains parlent en termes critiques de la « forteresse Europe », cette vision est démentie par le regain d’intérêt observé pour les migrations de travailleurs , la prédominance des phénomènes de regroupement familial et la multiplication des demandes d’asile dans de nombreux pays de l’OCDE au cours des 10 dernières années. Comme le montre le graphique, l’augmentation du nombre d’immigrants, incluant ceux d’origine extra communautaire, a été bien plus forte en Europe qu’aux États-Unis, au cours des 10 dernières années. Les coûts sociaux que l’immigration est susceptible d’engendrer – notamment dans le domaine de l’éducation et de la santé – contribuent à expliquer les mesures de prudence adoptées envers les travailleurs étrangers. Dans l’immédiat, les pays d’accueil doivent assumer, certes, un certain nombre de coûts : dépenses liées aux soins de santé et à la protection sociale, surtout dans le cas de l’immigration humanitaire ; dépenses d’enseignement, notamment pour les personnes à charge ou pour le regroupement familial. Mais, qu’en est-il à un horizon plus lointain ? N’est-il pas possible qu’une forte immigration puisse aider les pays membres de l’OCDE à assumer les dépenses sociales futures, et en particulier les retraites ? Cette question suscite de très fortes controverses. L’argumentation est la suivante : si le nombre de jeunes immigrants augmente, celui des jeunes travailleurs évoluera dans le même sens, ce qui entraînera un accroissement des recettes des régimes sociaux et des caisses de retraite. Si l’on adhère à ce scénario, on s’efforcera surtout d’employer des immigrants très qualifiés qui viendront s’installer à titre temporaire, plutôt que de recruter davantage de travailleurs peu qualifiés. Toutefois, ce raisonnement a ses failles. La plus évidente est que l’immigration n’est généralement pas temporaire et que les migrants peuvent souhaiter s’installer et prendre leur retraite dans leur pays d’accueil. Mais cette population vieillit, et elle aussi fera partie des retraités de demain. Par ailleurs, les immigrants en situation régulière n’intègrent pas tous la population active. En Australie et au Canada, pays qui appliquent des politiques d’immigration sélective fondées sur les besoins du marché du travail, seul un quart à un tiers des personnes admises chaque année sont des actifs. Les autres sont des personnes à charge, dont des enfants d’âge scolaire.Il n’est pas non plus certain que tous les immigrants trouvent effectivement du travail. Dans certains pays européens membres de l’OCDE, le taux de chômage des étrangers représente, en effet, le double de leur proportion dans la population active totale ; et ceux qui trouvent du travail sont souvent moins payés que les travailleurs nationaux. Certains pays de l’OCDE ont donc décidé de déployer plus d’efforts et de moyens financiers pour former et soutenir économiquement les nouveaux arrivants. En plus de les aider à s’insérer plus vite sur le marché du travail, ils cherchent à retenir ceux qui risquent, en l’absence de telles mesures, d’aller s’installer dans des pays concurrents. De telles politiques peuvent, certes, contribuer à intégrer les populations étrangères et à combler des pénuries de main-d’œuvre. Mais, l’on doit convenir que l’immigration ne peut, à elle seule, générer suffisamment de fonds pour financer les solutions permettant de satisfaire les demandes croissantes des populations vieillissantes.© L’Observateur de l’OCDE, N°243, Mai 2004


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