Santé et économie

Une relation vitale

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La performance en matière de santé est fortement dépendante de l’économie, mais aussi des systèmes de santé eux-mêmes. Et nous ne devons pas sous-estimer ce lien.

Investir dans la santé n’est pas seulement souhaitable, c’est surtout essentiel dans la plupart des sociétés. Cela dit, nos systèmes de santé se trouvent confrontés à des enjeux difficiles et complexes du fait, notamment, des pressions nouvelles qu’exercent le vieillissement de la population, le développement des maladies chroniques et le recours intensif à des technologies médicales coûteuses mais vitales.Dans le même temps, il nous faut répondre aux attentes de plus en plus grandes des citoyens et tenter de résoudre les inégalités qui touchent les différents groupes de la population en matière d’accès aux services et des soins de santé. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que la question des mesures à prendre pour garantir la viabilité financière des systèmes de santé, tout en contribuant de façon positive à la performance macroéconomique, constitue aujourd’hui l’un des enjeux majeurs des responsables politiques, dans toute la zone OCDE.Une bonne partie des travaux menés dans le cadre du Projet de l’OCDE sur la santé visaient justement cet objectif : fournir à ces responsables politiques les données leur permettant d’améliorer l’efficience dans le secteur de la santé tout en assurant l’universalité d’accès et l’équité, ainsi qu’en élevant la qualité des soins. Nous avons beaucoup appris, même s’il nous reste encore à découvrir.D’ores et déjà, la nécessité de concevoir les politiques de financement de la santé et de déterminer les investissements correspondants en tenant compte des interactions avec l’économie est une idée qui s’impose. De fait, l’état de santé (mortalité, morbidité, invalidité) dépend non seulement du niveau de vie, mais aussi de la performance effective du système de santé, tout comme la croissance, le revenu, l’investissement et l’emploi subissent l’influence de plusieurs facteurs : performance et qualité du système économique, cadre réglementaire, politique commerciale, capital social, marché du travail, etc. Analysons certaines de ces interactions.Les performances en matière de santé et les performances économiques sont interdépendantes. Comme la pauvreté – et avec elle notamment, la malnutrition et la mortalité infantiles – réduit l’espérance de vie, les populations des pays riches jouissent d’un meilleur état de santé que celles des pays pauvres. Et, de fait, le revenu national influence directement le développement des systèmes de santé, notamment via le système d’assurance et les dépenses publiques. Alors que le revenu national détermine principalement le niveau des dépenses de santé, ces dernières augmentent, toutefois, à un rythme supérieur, une réalité mise en évidence dans les travaux que la Commission macroéconomie et santé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mené, en 1997, sur un groupe de 167 pays.Le cadre institutionnel est un autre élément dont on connaît bien l’importance. Prenons l’exemple du tabac. Grâce à des systèmes budgétaires efficaces, les pays de l’OCDE ont pu bénéficier d’une hausse des taxes sur le tabac, pour renforcer d’autres mesures de santé publique, telles que les restrictions du droit de fumer dans les lieux publics. Certains pays vont même très loin dans cette voie. C’est le cas de l’Irlande, par exemple, qui a interdit de fumer dans ces fameux pubs ! Des initiatives aussi courageuses ne peuvent réussir sans un soutien institutionnel, de type législatif ou autre.Par ailleurs, les structures institutionnelles peuvent également jouer par la mise en place d’une couverture d’assurance universelle, prestation qu’il sera plus aisé de fournir si la base budgétaire est large et le secteur informel réduit. Enfin, il convient de rappeler que la mondialisation de façon générale, et la libéralisation des échanges, en particulier, influencent aussi les soins de santé. Non seulement ces phénomènes nécessitent une surveillance sanitaire accrue des populations au niveau international, mais ils doivent être pris en compte lors de l’élaboration des politiques de tarification et de commercialisation des produits pharmaceutiques. Les effets de la santé sur le développement sont évidents. Les pays dans lesquels l’état de santé et le niveau d’éducation de la population sont médiocres ont plus de difficultés à assurer une croissance durable. De fait, des études économiques confirment qu’une amélioration de 10 % de l’espérance de vie à la naissance entraîne une accélération de la croissance économique de quelque 0,3-0,4 points de pourcentage par an.La maladie freine également la performance des institutions car une faible espérance de vie n’incite pas les adultes à se former et nuit à la productivité. De plus, l’émergence de maladies mortelles transmissibles ralentit le développement de secteurs comme le tourisme, qui sont essentiels pour de nombreux pays.Les gouvernements sont donc confrontés à des choix de politiques difficiles, qui ne peuvent être effectués à la légère. Ainsi, la solution qui consiste à financer la santé directement par les patients est inéquitable et peut exposer des populations entières à des dépenses extrêmement lourdes qui entraveraient le développement et ne feraient que perpétuer l’engrenage de la maladie et de la pauvreté. Et, si l’amélioration de la performance des systèmes de santé dépend des financements et des investissements, elle doit se garder de peser trop lourdement sur les dépenses et la compétitivité nationales.Les responsables politiques doivent donc trouver les moyens d’assurer cet équilibre délicat tout en relevant d’autres défis. Par exemple, dans les pays à haut revenu, l’impossibilité de transférer les droits à prestations maladie, acquis dans le cadre d’un emploi, freine souvent la mobilité des travailleurs. Outre les effets négatifs sur l’efficience des marchés du travail, il faut également tenir compte des conséquences indirectes sur d’autres décisions de dépenses des ménages et des administrations publiques. Autrement dit, pour élever le niveau des investissements dans le domaine de la santé, il faudra sûrement opérer des coupes ailleurs, dans le système économique.En tant que décideurs ayant des responsabilités publiques, nous ne devons jamais oublier que les choix que nous prenons dans une sphère affectent les situations, les acteurs et les politiques dans d’autres sphères. Nous souhaitons tous une amélioration des systèmes de santé, mais il ne faut pas sous-estimer l’impact de la santé sur l’économie. L’enjeu est double : il nous faut réussir à coordonner les politiques de santé et les politiques économiques pour améliorer les résultats sur le plan de la santé ; et minimiser les éventuels effets négatifs, tout en exploitant au maximum les synergies. Or, nous ne pouvons atteindre ces objectifs seuls, nous devons pouvoir nous appuyer sur les données internationales et l’expérience partagée que des organisations comme l’OCDE peuvent nous apporter.© L’Observateur de l’OCDE, N°243, Mai 2004


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